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Troisième époque

 

Encore tuer

 


Soldat du Chien                                                                       

Encore tuer

 

 


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Encore tuer

 

 

 

 

  52

Il pleut depuis tant de temps,

Ma mie,

Que nous ne tuons plus.

Cela lasse.

J’ai envie de tuer, encore, moi.

La pluie me lasse.

Il pleut depuis tant de temps,

Ma mie.

Les Chiens  n’aboient plus

Et rôdent dans le camp.

Cela lasse.

J’ai envie de les voir tuer, moi.

Les Chiens me lassent.

Il pleut depuis tant de temps, ma mie.

Je vois aussi ton ventre et moi qui suis dedans.

J’ai envie de toi, encore, moi.

Cela me lasse.

Ton absence lasse.

 


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Encore tuer

 

 

 

 

  53

Ils m’ont drogué,

Disant : « Voici de l’herbe ».

Cela est passé.

La sueur et la boue ont fait cela.

Le Grand Jean m’a regardé.

Ville-Cru n’est guère loin de Gabeloup-en-Touret.

Me dit-on.

Maintenant, je vais nu-pieds.

Ils n’ont pas réglé la solde.

Ils disent qu’il faut encore tuer.

Je ne veux plus tuer.

Surtout des Enfants.

Les Carmanios, après les Chiens,

Viennent me lécher.

J’ai dit :  « Je ne violerai plus ».

Il s’est fait un mouvement.

Une femme a pleuré.

J’aurais pu l’aimer.

Comment vas-tu ?

 


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  Encore tuer

 

 

  54

Le nain

 

 

 

Ceux que nous devons attraper

Maintenant, ils ont un nain.

C’est lui qu’il faut saisir.

On dit qu’ils sont plusieurs et attaquent

Toutes, tous, les petits enfants compris.

Ils les mènent au Nain.

Lui, il égorge, parfois dépèce.  

On dit qu’il en est à plus de mille.

Il fait le mal.

Je me suis mis à sa place.

Je ne suis pas nain.

Ni Giade. Il est Giade. Ils sont Giades.

Je ne tiens pas à sa place.

Ce n’est pas la mienne.

C’est le nain.

J’espère que nous le saisirons.

 


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Encore tuer

 

 

 

 

  55

Qu’aussitôt venue la peur

Que je ne savais pas

Les Chiens se mirent autour de moi

Et regardaient mon corps trembler.

Il me semble qu’ils ont peur, aussi.

Je ne dis rien.

J’attends.

De sous l’arbre où il rit

Le grand Noir me sourit.

Il guette l’hallali.

Je me demande s’il sait quelque chose.

Il ne dit rien.

Qu’aussitôt venue la peur

Que je ne savais pas

Les Chiens se mirent autour de moi

A hurler.

Le grand Noir ne sourit plus.

J’ai perdu tout mon sang du visage.

Les Chiens  sont partis.

Le grand Noir s’est endormi.

J’attends.

 


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  Encore tuer

 

 

  56

La blessure

 

 

 

Son bras ouvert montrait l’os.

Il y avait beaucoup de sang.

Nous pensions le laisser.

Avec ça, il n’était plus bon à rien.

L’un des Inconnus s’est approché de lui.

Il s’est accroupi et puis l’a soulevé dans ses bras.

Nous sommes partis comme ça.

Nous courrions.

Lui avec.

Nous ne comprenions pas.

Puis nous sommes arrivés au camp.

Il a posé  l’homme avec le bras ouvert.

Il avait du sang sur lui.

Il a ouvert sa sacoche.

Il en a tiré une aiguille en cuivre et puis du chanvre.

Et avec ses doigts, il a fait comme une couture.

Nous regardions, étonnés.

Nous n’avions jamais vu cela.

Puis il a mis son couteau dans le feu et rouge,

il l’a posé sur la blessure.

L’autre a crié, puis s’est tu.

L’Inconnu s’est relevé. Il a rangé son aiguille. Il a

rangé son couteau.

Et il est retourné avec les Inconnus.

Trois jours plus tard, l’autre marchait

et  son bras bougeait.

Nous avons regardé  les Inconnus.

Alors,ceux-là, ils soignaient les blessures.

 


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Encore tuer

57

Le Vieux

 

 

 

Nous n’avions pas bougé du camp

Depuis trois jours.

Nous attendions…Nous attendions.

C’est alors que le Vieux est arrivé.

Nous n’avons pas bougé.

Il était vieux. Il avait beaucoup combattu

Et nous n’en voulions pas.

Il était vieux.

Il s’est approché du feu. Il s’est accroupi.

Le Capitaine s’est levé. Il fait deux pas vers lui.

Le Vieux a tourné la tête. Il n’a rien dit.

Alors le Nègre est venu et, du pied,

Il a voulu le frapper.

Le Nègre est tombé.

Je crois bien avoir vu le Vieux bouger.

Mais je ne sais pas.

Le Nègre s’est relevé. Il souriait.

Le Vieux n’a rien dit.

Le Capitaine est retourné à sa place. Je me suis levé

Et j’ai donné à manger au Vieux.

Il n’a rien dit.

Maintenant, le Vieux est avec nous.

Il a regardé les Chiens.

Il a passé sa main sur son visage

Et j’ai vu.

Le Vieux et moi, nous nous entendons bien.

 


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  Encore tuer

 

 

58

L’individu

(j’ai oublié ma mémoire)

 

 

 

Lorsque rampant

Le corps écorché

Et dans les yeux, des fleurs

Tout à fait écloses

Lorsqu’alors l’Individu osa se lever

Droit comme un i

Ignorant

On voyait encore

Dans le tremblement de ses membres inférieurs

Une curiosité

Qui ressemblait à une procréation

Quelque chose qui se reproduisait

Et que le ciel allumait.

Alors dans l’univers, il regarda fortement

Et n’y trouvant rien

Il rabattit ses yeux sur ses pieds.

Et se sut aveugle.

Dans l’univers, plusieurs étoiles, bien vieilles

Lançaient des signaux

Rappelant à l’Individu

Que l’Individu était un individu.

Et tout cela se faisait sur soi-même

Dans le ridicule de la situation.

Alors, il y eût dans le ciel des bruits.

Les animaux se mirent à courir.

Certains chassaient les autres.

Puis vinrent des machines

Avec des bruits et des odeurs.

Et l’on se souvint du début.

Et l’on se sou….j’ai oublié ma mémoire.

J’ai oublié ma mémoire.

 


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Encore tuer

 

 

 

 

59

Il y eu un éclatement, du haut en bas.

Les flammes ont jailli du tronc

Et deux hommes qui y étaient sont tombés.

Morts tous deux, sans un mouvement.

C’est la foudre.

Nous nous sommes écartés de l’arbre, noir

Pour essayer de ne pas être touchés.

Le Capitaine a approché les Chiens des corps

Et ils ont senti.

Il dit que si le Diable y est, les Chiens le sauront

Et vont mordre les Cadavres.

Ils ont reculé.

Puis le Blanc a mordu un homme à la jambe

L’un des deux, mort.

Le Blanc est tombé, avec les crocs dans l’homme.

Il avait la queue raide.

Ce n’était pas beau à voir.

Le Capitaine a repoussé les Chiens,

avec son fouet.

On dit maintenant

Qu’il faudra jeter de l’eau sur l’arbre.

On sait que le Diable est là.

Les Carmanios sont heureux.

Ils aiment le Diable.

Maintenant, nous sommes sûrs de gagner.

Le Diable nous protège.

Et maintenant, je retournerai au village.

Dis-le.

 


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Encore tuer

 

 

  60

Ici, ils font comme nous

 

 

 

Ici, ils font la guerre

Ici, ils tuent.

Ici, ils font comme nous.

De leurs rangs, il est sorti une femme

Elle est venue vers moi.

Elle m’a dit à moi

En me regardant

Alors tu es des nôtres.

Toi aussi tu fais la Commune.

C’est la Révolution n’est-ce-pas ?

Je l’ai regardée.

Je ne la connaissais pas.

Elle n’était pas de mon village.

Elle me parlait.

Je ne lui ai pas répondu.

Je ne sais pas ce qu’elle disait.

Nous avons continué.

Ici, ils tuent.

Ici, ils font la guerre

Ici, ils disent la Révolution.

Elle a crié Tu es avec nous

Je ne sais pas ce qu’elle a voulu dire.

Maintenant, je veux rentrer chez nous.

 


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Encore tuer

 

 

  61

Le feu

 

 

 

Lorsqu’il fait très froid

Que nous n’allons pas à marche forcée

Que l’ennemi est loin

Qu’il y a du bois,

Nous allumons un feu.

Alors, nous nous asseyons autour

Chacun prend sa place

Et ne bouge plus.  

Les Chiens sont juste derrière nous

Certains font cercle

D’autres se regroupent.

Le Noir se met toujours

Dans ces cas-là

Un petit peu derrière moi

A gauche.

Alors, nous regardons les flammes

Les braises, ce qui brûle

Et souvent nous ne disons rien.

Il s’est produit qu’un Inconnu

Un Carmanios, Styr, disent des choses.

Il s’est produit qu’aucun d’entre nous n’écoute.

Nous regardons  les flammes.

Dans ces cas, la paix est intense.

Le feu apaise.

Nous avons chaud, nous sommes bien

Nous n’avons plus peur

Et bien sûr, je ne pense pas à toi

Parce que je t’oublie.

Lorsque nous sommes bien là

Nous descendons sur le flanc

Et, autour, nous restons les yeux ouverts

A nous reposer.

Un bras jette du bois

Les flammes repartent.

Quelquefois, voilà ce que nous devenons.

 


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  Encore tuer

62

L’encerclement

 

 

 

Ils nous ont encerclés.

La plaine est petite.

Ils sont derrière les arbres.

Nous le savons.

Nous y sommes tous.

Mais nous savons sortir.

Nous avons allumé un feu.

Nous n’avons rien à manger.

Mais nous voulons faire croire.

Surtout aux Chiens.

Nous savons que ceux qui encerclent

Ne connaissent pas les Chiens.

Bientôt ils auront faim

Et nous passerons.

Nous sommes toujours passés

Les Chiens ayant faim.

C’est pour cela que nous sommes avec eux.

Ils nous ont encerclés

Nous sortirons

Quand les Chiens auront faim

Et je te reverrai.

 


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  Encore tuer

 

 

  63

Le chien de Brissac

 

 

 

En face, ils ont un chien.

Nous le savons, les Chiens et moi.

C’est le Château de Brissac.

Le Chien est de compagnie.

C’est ainsi ici qu’ils le nomment.

Nous, nous venons pour la guerre.

Eux, ils ont un chien de compagnie.

Nous le savons, les Chiens et moi.

Un château, nous savons ce que c’est.

Nous y sommes entrés déjà.

Je me souviens de la femme.

De ses cheveux.

J’ai le peigne.

Ils ont un chien de compagnie.

Alors, je me suis avancé vers les murs

Et j’ai hurlé à la mort.

Le chien de compagnie a répondu.

Quelqu’un a ouvert une petite porte de bois.

Le chien est venu.

Il était propre. Il était grand. Il était lisse.

Il s’est couché devant moi.

Je me suis retourné

Et je suis allé vers les Chiens.

Il s’est mis au milieu d’eux.

Maintenant, au Château de Brissac

Ils n’ont plus de chien.

Il est avec nous.

 


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  Encore tuer

 

 

 

 

64 

Les Noirs taillent, ce matin, leurs dents aiguës.

Ils font cela au printemps.

J’ai, entre les jambes, un bois qui pense à toi.

Les Chiens et le Capitaine l’ont vu.

Ils sont contents.

Cela grandit la haine.

Moi, je voudrais ne plus haïr.

Nous attendons depuis si longtemps.

J’ai tes cuisses dans ma main.

Le Vieux, on dirait qu’il t’aime,

Quand je pense avec toi.

L’enfant plonge ses mains

Dans sa tête dans le crime.

J’ai tué tant d’enfants.

Je suis un Soldat du Chien.

Le vieillard eut un haut le corps.

Deux chiens jaunes et noirs

Criaient sur son cœur exsangue.

Le Capitaine se pencha

Le bout de sa dague ouvrit la poitrine

Et le remugle du sang sidéra les bêtes.

Le Capitaine se recula.

Les deux chiens, hallucinés bavaient.

Le Capitaine siffla.

Les mâchoires firent un bruit d’enfer

Et le vieux les vit venir à son cou.

Le premier planta l’horreur sur ses seins

Et mordit et tira et emporta.

Le second fouilla le ventre blanc

Et se servit.

Le vieillard ne creva pas.

La Meute lâchée l’acheva.

Il se tut, après avoir hurlé.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

 

 

65 

Va

 

 

 

Va

Que je te pousse

Dans l’herbe

Grasse

De ce vallon.

Va

Que tu me couches

Dans le fond

Lourd

De tes mamelons.

Va

Que nous allions

Dans le bon

Goût

De nous deux.

Va

Qu’il se fasse

Éternité

En l’enlacement

De notre amour

Toujours.

Va

Et que, dans la tombe

Froide,

Les corbeaux

Piaillent,

Creusent

Dans ses flancs

Un trou

De boue

Où,

Va,

Le sang

Se fige

En forme de fleurs.

Va,

Ils ont.

Maintenant,

La mort

Et en eux se choquent

Les passions

Sèches,

De leur bière.

Va,

Ils ont tout.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

 

 

66

Encore la musique

 

 

 

Ils me font encore de la musique.

S’ils doivent continuer

Je me mettrai dans la terre.

Je ne veux plus entendre.

Moi, ce que j’aime, c’est rire

Ce n’est pas avec cela

Qu’ils parviendront à nous vaincre.

Ils ont des manières que nous ne connaissons pas.

Si je dois mourir c’est en plein ciel,

Comme l’oiseau.

Pourtant j’aime bien quand les Carmanios

Chantent.

Il faudra bien que je vois ta gorge

Avec des sons dedans

Quand je reviendrai.

Le Diable n’y pourra rien.

 


Soldat du Chien                                                                     

  Encore tuer

 

 

 

 

  67

C’est le Capitaine

Qui m’a expliqué pourquoi notre troupe

Discutait avec les Marchands.

Il disait : « Ils pratiquent l’Argent ».

Je ne sais pas ce que c’était.

Il a voulu expliquer.

Je n’ai pas compris.

Alors il a dit : « L’Ombre.

C’est l’Ombre qui paie ».

Et il a souri, fortement.

Je n’ai pas compris.

Les Chiens aboyaient.

Je les ai calmés.

Les Marchands sont partis.

Je ne sais pas l’Argent.

Je ne sais pas l’Ombre.

Mais le capitaine a ricané

Et dit : « J’ai gagné ».

Je ne sais pas de quoi il parlait.

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

 

 

  68

Ce soir, je suis au Camp.

Je repense à la Rousse, que j’ai tuée.

Je ne sais pas.

Comment vas-tu ?

Nous avons marché tout le jour.

Je pense à toi.

Le Vieux Styr reste près de moi.

Il a peur, comme tous.

Il ne me voit pas.

C’est peut-être le froid.

C’est elle qui m’a pris le corps.

Le Vieux Styr est resté, regardant.

Il bavait.

Je préfère s’il crache.

Je me souviens de la Troupe de Meaux.

Il y avait du sang partout.

Le Goéland a cassé le ciel.

Du rouge en plein blanc.

Il paraît que la mer est proche.

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

 

 

  69

Les Carmanios sont heureux. Ils aiment le Diable.

Dis que je retournerai au village.

Un jour prochain.

Dis-le.

Je ne veux pas qu’ils aient oublié.

Nous n’avons rien demandé.

La solde est tout juste versée.

Il paraît qu’ils font ripailles,

Ceux qui doivent payer.

Je suis sorti de la prison avec tes baisers

Mon enfant, ma désirée.

C’est un cauchemar dû à la faim, achevé.

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

  70

La mort du Père

 

 

 

J’ai appris que le sang dans la tête du Père

S’est arrêté.

Il en est mort.

Il était vieux. Cela a été vite.

C’est bien.

La Mère reste. Elle suivra.

Sans lui, elle ne restera pas.

C’est bien. Elle est vieille. Il faut que cela aille vite.

Maintenant, tiens la maison.

Il n’y a plus que toi.

Méfie-toi.

Surveille.

Je finirai bien par revenir.

 


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Encore tuer

 

 

  71

La Paix

 

 

 

Un homme est venu aujourd’hui

Personne ne nous avait rejoint depuis longtemps.

Certains riaient, moi pas.

Il avait l’uniforme

Il se disait du Roi.

De quel Roi parle-t-il ?

Ici, il y a le Capitaine

Il y a le Nègre, il y a Styr

Il y a les Inconnus

Il y a Le Bègue, Benoit

Il y a Chrémon le Forgeron

Le Grand-Jean

Il y a le Goéland, le Vieux

Il y a Le Nain, Le Noir,

Il y a l’Arabe, Elle,

Il y a Le Chiot, Les Mendiants

Il y a La Rousse

Il y a Le Grêlé, Les Vieilles

Il y a l’Africain, Les Araignées

Il y a l’Ombre

Il y a Les Marchands

Il y a les Carmanios

Il y a les Chiens,

Et il y a moi.

Je n’ai pas vu de Roi.

De qui parle-t-il ?

Son air était solennel.

Nous nous sommes tus.

Il était venu dire quelque chose,

Il fallait l’écouter.

« Maintenant, a-t-il dit,

Il faut faire la Paix ».

Tous les Chiens ont grogné.

Le Capitaine est devenu blanc.

Alors il nous a parlé de la Paix.

Il nous a dit l’ennemi veut

Maintenant, que les massacres se terminent.

Maintenant l’ennemi veut.

Je me suis levé.

Et j’ai dit : « Et nous ?

Sommes-nous l’ennemi ? »

Il faisait froid ce matin-là.

Il faisait froid ce midi-là.

Il faisait froid ce jour-là.

Nous avions froid.

Nous avions faim.

Nous avions honte d’avoir tant tué

Et celui-là était venu nous dire

C’est le Roi, c’est l’ennemi, c’est la Paix.

Et moi, qui ne pensais qu’à çà

Et moi qui ne pensais qu’à toi

Et moi qui eux tellement aimé un traité

Pour en finir.

Je me suis approché de lui

Et je lui ai dit : « Écoutes

C’est cela que tu appelles la Paix

Alors donne le papier.

Je vais mettre ma croix.

Et j’aurai fini de tuer.

Je suis un Soldat du Chien

Et je veux ma solde

Et je veux ma mie

Et je veux cette musique

Qu’un jour ils m’ont fait entendre

Nous n’avions peut-être pas vaincu

Nous avions bien mérité du massacre

Va le dire au Roi

Et que ce soit lui qui vienne

Ici

Me le dire, à moi ».

 


Soldat du Chien                                                                     

Encore tuer

 

 

  72

L’enterrement

 

 

 

Lorsque nous l’avons vu occis

Nous avons pensé : « Bon ».

Les Carmanios ont voulu chanter.

Ils se sont parlés.

Nous avons pensé : « Bon ».

Le Capitaine a dit : « Les Chiens ».

Aucun ne s’est levé.

Ils avaient le museau sur les pattes

Quelques uns l’échine qui frémissait.

Pas une tête. Pas un croc.

Mais des yeux.

Nous avons ouvert la terre

Nous l’avons mis dedans

Nous avons refermé la terre.

Nous sommes allés à nos places.

Plus tard, là où nous avions refermé la terre,

Elle s’est rouverte.

Il est sorti.

Il n’était pas mort.

Ils s’étaient précipités

Je savais qu’ils avaient attendu et je ne pouvais

Rien.

Lorsqu’ils ont refermé la terre sur moi

Je savais que je l’ouvrirais à nouveau.

Je n’ai rien dit, ils n’ont rien dit.

J’ai fait tomber le plus de terre que je pouvais

Cela faisait autour de moi des tâches brunes.

J’ai pris ma place.

Ce n’était pas encore cette fois.

Ils n’ont rien dit.

Les Chiens ont refait comme avant.

Le Capitaine tremblait.

Je n’ai rien dit.

 


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Encore tuer

73

Le diable

 

 

 

Il est venu, disant

Je suis la pluie

La foudre

Le froid

Le malheur

Et la misère.

Je suis le diable.

Nous l’avons tué.

Puis l’Autre, avec une arme jamais vue,

S’avança vers la Ville

Que nul d’entre nous n’avait jamais vue

Et la fit gronder.

Un trou, dans le rempart, s’est fait

Et de là sortirent les Enfants

Qu’il nous fallait massacrer.

Il n’en demeura pas un.

Je ne sais pas de quelle poudre il se sert,

Mais revois encore,

En y pensant,

Les Mères qui se taisaient

Et que nous avons violées, après,

En silence,

Devant les hommes de la Ville,

Tous égorgés.

Nous avons encore tué

Et je ne sais plus même si je t’ai aimée.

 


Soldat du Chien                                                                       

Encore tuer

 

 

  74

Nous n’avons rien perdu

 

 

 

Alors, alors, alors celui-là comme nous l’avions

Cherché !

C’était un chef.

Il en avait après nous.

Et puis sa bande, et puis nous.

Nous nous sommes affrontés.

Ils ont perdu ; nous avons gagné.

Celui-là…

Alors nous nous sommes mis autour de lui

Nous avons repoussé les Chiens

J’en voyais un que je connaissais

Qui voulait prendre la place du Noir.

Il voulait en manger.

Mais c’est nous qui allions  manger maintenant.

Alors, nous l’avons sorti de ses vêtements

Puis nous l’avons mis sur du bois

Et puis le bois, on y a mis le feu.

Cela sentait la chair brûlée.

Puis, avec tous les rites que les Carmanios

Nous avaient appris

(Ils avaient dit le mot rite,

je ne sais pas ce que c’est)

avec tous les rites, nous avons mis l’homme

C’était le chef.

Il paraît qu’il faut faire selon certaines manières.

Alors, le Capitaine a ouvert le ventre

Puis se sont les Inconnus qui ont pris les fesses

Moi ils m’ont donné une épaule.

Et puis les autres se sont servis.

Les Chiens ne disaient rien

Ils regardaient.

Ils comprenaient. Maintenant c’était à nous.

Nous l’avons mangé.

Il paraît que certains disent un mot : « Dieu ».

Je ne le sais pas.

J’en ai parlé, ils ont tous ri.

J’ai ri avec eux.

C’était bon.

Maintenant, ce chef, c’était nous.

C’était bien.

Le reste, nous l’avons donné aux Chiens,

Avec les os.

Un Carmanios a gardé un pied

Il en suçait les os.

Il avait l’air content

Je ne sais pourquoi

Je me suis couché. Et j’ai dormi.

Maintenant, j’étais ce chef

Je le sentais bien

Les Chiens aussi.  

Le Capitaine avait peur.

Il s’est couché face à nous.

Voilà.

 


Soldat du Chien                                                                     

  Encore tuer

 

 

  75

Aveugle

 

 

 

Le froid nous est venu avec le jour des morts.

Jusque là, il faisait bon.

Nous en étions étonnés.

Puis tout à coup, le froid est venu.

J’ai vu l’eau cette nuit.

Elle est devenue blanche.

Et puis, ce matin, ils m’ont dit :

« Le soleil est immense mais il fait froid ».

Moi, j’avais les yeux fixés sur des fleurs.

Ils m’ont dit : « Ce sont des chrysanthèmes,

les fleurs des morts ».

Moi, je fixais mes yeux sur les fleurs

Parce qu’elles étaient oranges, jaunes, vertes

Que le soleil les touchait,

Et que le froid me prenait,

par les pieds et par les mains

Et tout le long du dos

Comme un sabre qui me frappait.

Ils m’ont dit : « Qu’as-tu ? »

J’avais les yeux grands ouverts,  

Je ne voyais que les fleurs

Je les ai levés et j’ai compris.

Je devenais aveugle.

Là-bas, il n’y avait pas d’ennemi,

Aucun que je vois.

Je les ai reportés sur les plantes

Autour des chrysanthèmes.

Je ne voyais que les chrysanthèmes

Alors j’ai ri et j’ai dit :

« Maintenant je perds la vue ».

Ils se sont reculés.

On ne peut pas tuer quand on ne voit pas.

Le Noir a mis un genou devant moi,  il a dit :

« Me vois-tu ? »

J’ai ri. Je le voyais.

Il a ri. Il savait, moi aussi.

Je devenais aveugle

Mais je pouvais encore tuer.

Toute la journée, j’ai observé le soleil.  

Et ce qu’il faisait.

J’étais bien.

Il me suffisait ce que je voyais.

J’en voyais assez.

Je pouvais tuer.

Je suis un Soldat du Chien.

 


Soldat du Chien                                                                     

 Encore tuer

 

 

  76

La colombe blanche

 

 

 

Je me suis réveillé ce matin

Le ciel a tourné

J’ai ouvert les yeux

Et puis, alors que le ciel n’était pas encore éclairé,

Une colombe est passée.

Elle n’était pas loin et pourtant,

Je n’entendais pas ses ailes.

Elle était blanche

Elle allait lentement sans s’éloigner

Je l’ai suivie des yeux

Et à l’intérieur de moi, j’ai voulu la Paix.  

J’étais heureux, tout à coup détendu,

Et j’ai refermé les yeux.

J’ai attendu que le ciel blanchisse

Comme la colombe qui s’en allait.

Je me suis assis

J’ai mis ma tête entre mes genoux

Et j’ai pensé : Voilà maintenant ce sera fini.

Je ne vais plus tuer.

Je me suis mis debout sur mes jambes

J’ai sorti mon couteau

Et je suis parti avec les autres.

Pour massacrer.

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

  77

La deuxième musique

 

 

 

Nous sommes entre nous

Tellement serrés, que nous formons un bloc.

Il paraît que cela a un nom,

Nous ne le connaissons pas.

Les Chiens étaient juste devant.

Deux ou trois derrière. Peut-être s’ils étaient tués

Ceux de devant, ceux de derrière

Seraient passés devant.

Et nous avons marché sans un mot

Et puis nous avons entendu ce chant.

Pour moi cela faisait la deuxième fois

Que j’entendais de la musique.

Alors je savais.

J’ai reculé dedans et j’ai attendu.

Il y a eu un bruit, puis le silence, avec ce bruit.

Alors la musique et le chant ont repris

Cet homme-là était seul

La machine s’est avancée

Il paraît que c’est comme ça

Que l’on nomme ce bruit :

La machine.

En fin de compte, il est tombé une telle nuit

Alors qu’il y avait le soleil

Que personne d’entre nous ne se souvient

Un enfant a crié

C’était un cri de joie

Et voilà. Nous l’avons échappé belle.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

 

 

  78

Canis

 

 

 

Il disait : « Je suis Canis ».

Une fois venu, les Chiens ont perdu tous sens.

Ils ne pensaient plus qu’à tuer.

Cela se voyait.

Une fois, un passant

Qui ne demandait rien,

Ils l’ont déchiqueté.

Canis,  sans un mot, regardait.

Il disait : « Je suis Canis ».

Voilà le résultat.

Les Chiens obéissaient à son sang.

J’ai tué Canis.

Les Chiens se sont calmés.

Il disait se nommer Canis.

Il ne reviendra plus.

Les Chiens sont calmes.

Je ne veux plus revoir cela.

 


Soldat du Chien                                                                       

Encore tuer

 

 

  79

Le cimetière

 

 

 

Tu vois, il faut que je te dise

C’est quelque chose que je crois exceptionnel.

Voilà comment se passèrent les choses

C’était un petit village

Oh ! ça faisait tellement de villages

que nous passions.

Mais dans celui-là…

Lorsque nous arrivâmes

Nous fûmes surpris.

Le cimetière était immense.

Il y avait des tombes partout.

Et pourtant, peut-être, cela tenait-il

au mois de mai.

Pourtant, il y avait des fleurs aussi

Il y avait de la fraîcheur, de la paix

et tellement de tombes.

Le Capitaine a retenu les Chiens

Styr ne bougeait plus.

Le Nègre ne riait plus.

Je ne pensais plus.

Les Inconnus eux-mêmes

Qui depuis si longtemps s’étaient joints à nous

Et qui tuaient avec nous

Eux-mêmes se taisaient. C’était beau. C’était

tranquille. Nous ne connaissions pas ces choses-là.

C’était un grand cimetière

Pour un petit village.

Il était si calme.

Les Chiens ne grognaient pas.

Nous avons décidé de passer.

Nous n’avons vu personne.

Je ne regrette pas.

Voilà.

C’est cela que je voulais te dire

Cette fois nous n’avons pas tué.

Nous étions contents,

Et nous étions contents.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

80

La forêt des araignées

 

 

 

Tous les Soldats arrivèrent dans la forêt.

Elle était tissée d’araignées.  

Tous les Soldats s’arrêtèrent.

Aucune araignée ne bougeait.

Aucun soldat ne bougeait.

Les Chiens, il n’y avait plus de Chiens !

Nous n’avions plus les Chiens.

J’ai reculé un petit peu

Le Capitaine a avancé

Une araignée a bougé.

Je pensais : nous n’avons plus les Chiens.

Il y avait toutes les toiles partout.

Aucune araignée ne bougeait.

Aucune soldat ne bougeait.

Je pensais : Nous n’avons plus les Chiens.

Je reculais.

Une araignée a bougé

Je reculais.

Nous n’avons aucune idée

de ce que sont les araignées.

Le Capitaine a avancé,

Styr a dit : « Ne bouges pas ».

Jamais le Capitaine n’avait reçu d’ordre.

Il n’a pas bougé.

Deux araignées ont bougé.

J’ai reculé encore.  

Nous n’avions plus les Chiens.

Les Carmanios se sont mis à chanter.

Aucun d’entre nous ne connaissait ce chant.

Il semblait n’avoir aucun rapport avec les

Carmanios.

A ce moment-là, le vent s’est levé.

Et, parce que j’attendais,

un des Chiens s’est mis à grogner.

Nous avions retrouvé les Chiens.

Nous avons tous reculé.  

Nous ne sommes plus jamais retournés

dans cette forêt.

Je ne veux plus retourner dans cette forêt.

Le Capitaine n’avait jamais reçu d’ordre.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

 

 

  81

Carnaval

 

 

 

Ils se sont tous réunis.

Et puis ils se sont mis des peintures

Et des habits dessus que je ne connaissais pas.

Ils ont dit le mot « carnaval ».

Carnaval, Carnaval et ils criaient.

Ils allaient partout dans tous les endroits.

J’ai dû faire comme eux.

J’ai mis quelque chose sur ma tête

qui me faisait blond

J’ai peint quelque chose sur mes jambes

Qui me faisait comme un serpent

Qui me montait vers la gorge.

Et j’ai couru en criant Carnaval, Carnaval, Carnaval.

Il y avait partout des gens

Et puis il y avait partout des femmes

Et puis nous avons bu et nous avons mangé.

Je ne savais plus où j’avais mis mon couteau.

C’est la première fois.

Ils disaient Carnaval.

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

  82

Les échecs

 

 

 

En riant

Longritove a posé devant moi les échecs.

Il prit les blancs

Et moi les Noirs.

Le Capitaine se rapproche.

Styr tourne la tête.

Les Carmanios ne sont pas là.

Deux Inconnus se taisent.

Longritove joue.

J’ai perdu.

J’aime les échecs.

Mais ne sais pas y jouer.

Je ne suis pas Maître.

Je le deviendrai.

 


Soldat du Chien                                                                     

 Encore tuer

 

 

  83

Les Enfants

 

 

 

Nos deux troupes se rencontrèrent.

Nous nous arrêtâmes.

C’étaient des Enfants.

Plus nombreux que nous.

Beaucoup.

Les Chiens se couchèrent

Et se turent.

Nous tenions nos armes au bout de la main

Tournées vers le bas.

C’étaient des Enfants.

Mais un Carmanios a dit :

« Ils tuent comme nous ».

Les Chiens ont grogné.

Le Capitaine hésitait.

Le Carmanios a dit :

« Comme nous ».

Nous les avons massacrés.

Tous.

 


Soldat du Chien                                                                      

Encore tuer

 

 

  84

Tu bois

 

 

 

Je le savais.

C’étaient mes compagnons d’armes.

Ils me prévenaient.

Certains se liment les dents

pour en faire des croix.

D’autres, comme les Carmanios, chantent.

Styr s’amuse.

Le Nègre se branle.

Le Capitaine commande.

D’autres font je ne sais quoi.

Comme éventrer des enfants

Et les mettre en broche.

D’autres encore, dont je sais la volupté,

Empalent les vieilles femmes.

D’autres encore, plus jeunes

Enculent les plus jeunes

Avec un membre énorme

que nous regardons tous

Et qui excite les Chiens.

Les Chiens, ce sont les Chiens

Moi, je me suis mis à boire.

Cela n’a pas d’importance.

Ils le savent et ils me l’ont dit.

J’ai des compagnons.

Je ne t’ai plus.

Ce n’est pas pour cela que je bois.  

s

C’est seulement l’eau qui me désaltère.

Maintenant que je ne t’ai plus.

Les Chiens eux m’aiment bien.

Ils boivent de la même eau.

Le Capitaine ne m’aime pas.

Il ne boit pas.

Demain il comprendra peut-être.

Et je ne boirai plus.

 

 


Soldat du Chien                                                                      

  Encore tuer

 

 

  85

Triste

 

 

 

Hier, je me suis écarté de la bande

Je voulais être seul

Je ne pensais pas à toi

Je ne pensais pas

Je ne regardais pas

Je n’attendais pas mes compagnons

Je n’avais pas froid

Je tirais le couteau de ma ceinture

Je le posais sur le sol

Je le regardais couché

Je me suis couché à côté de lui

Le ciel m’est venu dessus

Je n’avais pas froid

Je sentais la terre sous mon dos

Je sentais mes jambes roides

J’étais seul. J’étais bien.

J’étais triste.

Il m’a fallu ouvrir les yeux, puis les fermer

Pour me retrouver

Je n’avais pas peur

Je savais ce qu’il se passait

Maintenant j’étais là

Maintenant j’étais seul

Maintenant j’étais triste

Je me suis levé

J’ai repris mon couteau

Je l’ai remis

Je me suis tourné

J’ai marché vers mes compagnons

Pas un ne me regardait

Ils avaient peur de moi

Ils savaient

J’étais triste.

 


Soldat du Chien                                                                       

Encore tuer

 

 

 86

Le printemps arrive

 

 

 

Les arbres, noirs sans feuilles,

Dormaient.

La neige blanchissait par le soleil.

Alors je me suis dénudé.

Les Chiens m’ont fait place.

Au milieu de là, j’ai mis mon corps au sol.

Le chaud vint du ciel.

Les Chiens riaient.

Moi de même.

Il faisait bon.

L’hiver passera bientôt.

Le printemps s’entend.

Tu reviendras.

Tu me reviendras.

Je te retrouverai.

Au printemps.

Si je ne meurs pas.

Vis.

Si ce n’est pas moi, vis l’autre. Je le veux.

 


Soldat du Chien                                                                       

Encore tuer

 

 

87

La maison

 

 

 

Alors puisque nous étions entrés dans ce village

Puisque enfin nous avions trouvé des habitations

Puisque depuis tant de jours

nous n’avions vu personne

Puisque nous n’avions pas de maison

Puisque jamais peut-être je ne reverrai ma maison

J’ai fracassé la porte.

C’était une petite cabane

Il y avait quatre murs et peut-être un toit.

Je n’ai pas bien vu.

Je suis entré et j’ai frappé

Le plus fort, le plus vite et le plus longtemps

possible.

Il n’y avait rien. J’ai tout cassé.

Je suis sorti.

Dehors les Chiens me regardaient.

Styr baissait la tête.

Le Nègre n’était pas là.

Les Inconnus sont venus vers moi.

Aucun Carmanios ne parlait.

Le Capitaine me regardait droit dans les yeux.

Styr s’est approché,

il a mis une main sur une épaule

Et, pour la première fois

Il m’a parlé très bas. Il m’a dit :

« C’est la haine. Calme-toi ».

 

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