Soldat du Chien
Encore
tuer
Soldat du Chien
Encore
tuer
Il
pleut depuis tant de temps,
Ma
mie,
Que
nous ne tuons plus.
Cela
lasse.
J’ai
envie de tuer, encore, moi.
La
pluie me lasse.
Il
pleut depuis tant de temps,
Ma
mie.
Les
Chiens n’aboient plus
Et
rôdent dans le camp.
Cela
lasse.
J’ai
envie de les voir tuer, moi.
Les
Chiens me lassent.
Il
pleut depuis tant de temps, ma mie.
Je
vois aussi ton ventre et moi qui suis dedans.
J’ai
envie de toi, encore, moi.
Cela
me lasse.
Ton
absence lasse.

Soldat du Chien
Encore
tuer
Ils
m’ont drogué,
Disant :
« Voici de l’herbe ».
Cela
est passé.
La
sueur et la boue ont fait cela.
Le
Grand Jean m’a regardé.
Ville-Cru
n’est guère loin de Gabeloup-en-Touret.
Me
dit-on.
Maintenant,
je vais nu-pieds.
Ils
n’ont pas réglé la solde.
Ils
disent qu’il faut encore tuer.
Je
ne veux plus tuer.
Surtout
des Enfants.
Les
Carmanios, après les Chiens,
Viennent
me lécher.
J’ai
dit : « Je ne violerai
plus ».
Il
s’est fait un mouvement.
Une
femme a pleuré.
J’aurais
pu l’aimer.
Comment
vas-tu ?
Soldat du Chien
Encore
tuer
Le
nain
Ceux
que nous devons attraper
Maintenant,
ils ont un nain.
C’est
lui qu’il faut saisir.
On
dit qu’ils sont plusieurs et attaquent
Toutes,
tous, les petits enfants compris.
Ils
les mènent au Nain.
Lui,
il égorge, parfois dépèce.
On
dit qu’il en est à plus de mille.
Il
fait le mal.
Je
me suis mis à sa place.
Je
ne suis pas nain.
Ni
Giade. Il est Giade. Ils sont Giades.
Je
ne tiens pas à sa place.
Ce
n’est pas la mienne.
C’est
le nain.
J’espère
que nous le saisirons.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Qu’aussitôt
venue la peur
Que
je ne savais pas
Les
Chiens se mirent autour de moi
Et
regardaient mon corps trembler.
Il
me semble qu’ils ont peur, aussi.
Je
ne dis rien.
J’attends.
De
sous l’arbre où il rit
Le
grand Noir me sourit.
Il
guette l’hallali.
Je
me demande s’il sait quelque chose.
Il
ne dit rien.
Qu’aussitôt
venue la peur
Que
je ne savais pas
Les
Chiens se mirent autour de moi
A
hurler.
Le
grand Noir ne sourit plus.
J’ai
perdu tout mon sang du visage.
Les
Chiens sont partis.
Le
grand Noir s’est endormi.
J’attends.
Soldat du Chien
Encore
tuer
La
blessure
Son
bras ouvert montrait l’os.
Il
y avait beaucoup de sang.
Nous
pensions le laisser.
Avec
ça, il n’était plus bon à rien.
L’un
des Inconnus s’est approché de lui.
Il
s’est accroupi et puis l’a soulevé dans ses bras.
Nous
sommes partis comme ça.
Nous
courrions.
Lui
avec.
Nous
ne comprenions pas.
Puis
nous sommes arrivés au camp.
Il
a posé l’homme avec le bras
ouvert.
Il
avait du sang sur lui.
Il
a ouvert sa sacoche.
Il
en a tiré une aiguille en cuivre et puis du chanvre.
Et
avec ses doigts, il a fait comme une couture.
Nous
regardions, étonnés.
Nous
n’avions jamais vu cela.
Puis
il a mis son couteau dans le feu et rouge,
il
l’a posé sur la blessure.
L’autre
a crié, puis s’est tu.
L’Inconnu
s’est relevé. Il a rangé son aiguille. Il a
rangé
son couteau.
Et
il est retourné avec les Inconnus.
Trois
jours plus tard, l’autre marchait
et
son bras bougeait.
Nous
avons regardé les Inconnus.
Alors,ceux-là,
ils soignaient les blessures.
Soldat du Chien
Encore
tuer
57
Le
Vieux
Nous
n’avions pas bougé du camp
Depuis
trois jours.
Nous
attendions…Nous attendions.
C’est
alors que le Vieux est arrivé.
Nous
n’avons pas bougé.
Il
était vieux. Il avait beaucoup combattu
Et
nous n’en voulions pas.
Il
était vieux.
Il
s’est approché du feu. Il s’est accroupi.
Le
Capitaine s’est levé. Il fait deux pas vers lui.
Le
Vieux a tourné la tête. Il n’a rien dit.
Alors
le Nègre est venu et, du pied,
Il
a voulu le frapper.
Le
Nègre est tombé.
Je
crois bien avoir vu le Vieux bouger.
Mais
je ne sais pas.
Le
Nègre s’est relevé. Il souriait.
Le
Vieux n’a rien dit.
Le
Capitaine est retourné à sa place. Je me suis levé
Et
j’ai donné à manger au Vieux.
Il
n’a rien dit.
Maintenant,
le Vieux est avec nous.
Il
a regardé les Chiens.
Il
a passé sa main sur son visage
Et
j’ai vu.
Le
Vieux et moi, nous nous entendons bien.
Soldat du Chien
Encore
tuer
58
L’individu
(j’ai
oublié ma mémoire)
Lorsque
rampant
Le
corps écorché
Et
dans les yeux, des fleurs
Tout
à fait écloses
Lorsqu’alors
l’Individu osa se lever
Droit
comme un i
Ignorant
On
voyait encore
Dans
le tremblement de ses membres inférieurs
Une
curiosité
Qui
ressemblait à une procréation
Quelque
chose qui se reproduisait
Et
que le ciel allumait.
Alors
dans l’univers, il regarda fortement
Et
n’y trouvant rien
Il
rabattit ses yeux sur ses pieds.
Et
se sut aveugle.
Dans
l’univers, plusieurs étoiles, bien vieilles
Lançaient
des signaux
Rappelant
à l’Individu
Que
l’Individu était un individu.
Et
tout cela se faisait sur soi-même
Dans
le ridicule de la situation.
Alors,
il y eût dans le ciel des bruits.
Les
animaux se mirent à courir.
Certains
chassaient les autres.
Puis
vinrent des machines
Avec
des bruits et des odeurs.
Et
l’on se souvint du début.
Et
l’on se sou….j’ai oublié ma mémoire.
J’ai
oublié ma mémoire.
Soldat du Chien
Encore
tuer
59
Il
y eu un éclatement, du haut en bas.
Les
flammes ont jailli du tronc
Et
deux hommes qui y étaient sont tombés.
Morts
tous deux, sans un mouvement.
C’est
la foudre.
Nous
nous sommes écartés de l’arbre, noir
Pour
essayer de ne pas être touchés.
Le
Capitaine a approché les Chiens des corps
Et
ils ont senti.
Il
dit que si le Diable y est, les Chiens le sauront
Et
vont mordre les Cadavres.
Ils
ont reculé.
Puis
le Blanc a mordu un homme à la jambe
L’un
des deux, mort.
Le
Blanc est tombé, avec les crocs dans l’homme.
Il
avait la queue raide.
Ce
n’était pas beau à voir.
Le
Capitaine a repoussé les Chiens,
avec
son fouet.
On
dit maintenant
Qu’il
faudra jeter de l’eau sur l’arbre.
On
sait que le Diable est là.
Les
Carmanios sont heureux.
Ils
aiment le Diable.
Maintenant,
nous sommes sûrs de gagner.
Le
Diable nous protège.
Et
maintenant, je retournerai au village.
Dis-le.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Ici,
ils font comme nous
Ici,
ils font la guerre
Ici,
ils tuent.
Ici,
ils font comme nous.
De
leurs rangs, il est sorti une femme
Elle
est venue vers moi.
Elle
m’a dit à moi
En
me regardant
Alors
tu es des nôtres.
Toi
aussi tu fais la Commune.
C’est
la Révolution n’est-ce-pas ?
Je
l’ai regardée.
Je
ne la connaissais pas.
Elle
n’était pas de mon village.
Elle
me parlait.
Je
ne lui ai pas répondu.
Je
ne sais pas ce qu’elle disait.
Nous
avons continué.
Ici,
ils tuent.
Ici,
ils font la guerre
Ici,
ils disent la Révolution.
Elle
a crié Tu es avec nous
Je
ne sais pas ce qu’elle a voulu dire.
Maintenant,
je veux rentrer chez nous.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Le
feu
Lorsqu’il
fait très froid
Que
nous n’allons pas à marche forcée
Que
l’ennemi est loin
Qu’il
y a du bois,
Nous
allumons un feu.
Alors,
nous nous asseyons autour
Chacun
prend sa place
Et
ne bouge plus.
Les
Chiens sont juste derrière nous
Certains
font cercle
D’autres
se regroupent.
Le
Noir se met toujours
Dans
ces cas-là
Un
petit peu derrière moi
A
gauche.
Alors,
nous regardons les flammes
Les
braises, ce qui brûle
Et
souvent nous ne disons rien.
Il
s’est produit qu’un Inconnu
Un
Carmanios, Styr, disent des choses.
Il
s’est produit qu’aucun d’entre nous n’écoute.
Nous
regardons les flammes.
Dans
ces cas, la paix est intense.
Le
feu apaise.
Nous
avons chaud, nous sommes bien
Nous
n’avons plus peur
Et
bien sûr, je ne pense pas à toi
Parce
que je t’oublie.
Lorsque
nous sommes bien là
Nous
descendons sur le flanc
Et,
autour, nous restons les yeux ouverts
A
nous reposer.
Un
bras jette du bois
Les
flammes repartent.
Quelquefois,
voilà ce que nous devenons.
Soldat du Chien
Encore
tuer
62
L’encerclement
Ils
nous ont encerclés.
La
plaine est petite.
Ils
sont derrière les arbres.
Nous
le savons.
Nous
y sommes tous.
Mais
nous savons sortir.
Nous
avons allumé un feu.
Nous
n’avons rien à manger.
Mais
nous voulons faire croire.
Surtout
aux Chiens.
Nous
savons que ceux qui encerclent
Ne
connaissent pas les Chiens.
Bientôt
ils auront faim
Et
nous passerons.
Nous
sommes toujours passés
Les
Chiens ayant faim.
C’est
pour cela que nous sommes avec eux.
Ils
nous ont encerclés
Nous
sortirons
Quand
les Chiens auront faim
Et
je te reverrai.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Le
chien de Brissac
En
face, ils ont un chien.
Nous
le savons, les Chiens et moi.
C’est
le Château de Brissac.
Le
Chien est de compagnie.
C’est
ainsi ici qu’ils le nomment.
Nous,
nous venons pour la guerre.
Eux,
ils ont un chien de compagnie.
Nous
le savons, les Chiens et moi.
Un
château, nous savons ce que c’est.
Nous
y sommes entrés déjà.
Je
me souviens de la femme.
De
ses cheveux.
J’ai
le peigne.
Ils
ont un chien de compagnie.
Alors,
je me suis avancé vers les murs
Et
j’ai hurlé à la mort.
Le
chien de compagnie a répondu.
Quelqu’un
a ouvert une petite porte de bois.
Le
chien est venu.
Il
était propre. Il était grand. Il était lisse.
Il
s’est couché devant moi.
Je
me suis retourné
Et
je suis allé vers les Chiens.
Il
s’est mis au milieu d’eux.
Maintenant,
au Château de Brissac
Ils
n’ont plus de chien.
Il
est avec nous.
Soldat du Chien
Encore
tuer
64
Les
Noirs taillent, ce matin, leurs dents aiguës.
Ils
font cela au printemps.
J’ai,
entre les jambes, un bois qui pense à toi.
Les
Chiens et le Capitaine l’ont vu.
Ils
sont contents.
Cela
grandit la haine.
Moi,
je voudrais ne plus haïr.
Nous
attendons depuis si longtemps.
J’ai
tes cuisses dans ma main.
Le
Vieux, on dirait qu’il t’aime,
Quand
je pense avec toi.
L’enfant
plonge ses mains
Dans
sa tête dans le crime.
J’ai
tué tant d’enfants.
Je
suis un Soldat du Chien.
Le
vieillard eut un haut le corps.
Deux
chiens jaunes et noirs
Criaient
sur son cœur exsangue.
Le
Capitaine se pencha
Le
bout de sa dague ouvrit la poitrine
Et
le remugle du sang sidéra les bêtes.
Le
Capitaine se recula.
Les
deux chiens, hallucinés bavaient.
Le
Capitaine siffla.
Les
mâchoires firent un bruit d’enfer
Et
le vieux les vit venir à son cou.
Le
premier planta l’horreur sur ses seins
Et
mordit et tira et emporta.
Le
second fouilla le ventre blanc
Et
se servit.
Le
vieillard ne creva pas.
La
Meute lâchée l’acheva.
Il
se tut, après avoir hurlé.
Soldat du Chien
Encore
tuer
65
Va
Va
Que
je te pousse
Dans
l’herbe
Grasse
De
ce vallon.
Va
Que
tu me couches
Dans
le fond
Lourd
De
tes mamelons.
Va
Que
nous allions
Dans
le bon
Goût
De
nous deux.
Va
Qu’il
se fasse
Éternité
En
l’enlacement
De
notre amour
Toujours.
Va
Et
que, dans la tombe
Froide,
Les
corbeaux
Piaillent,
Creusent
Dans
ses flancs
Un
trou
De
boue
Où,
Va,
Le
sang
Se
fige
En
forme de fleurs.
Va,
Ils
ont.
Maintenant,
La
mort
Et
en eux se choquent
Les
passions
Sèches,
De
leur bière.
Va,
Ils
ont tout.
Soldat du Chien
Encore
tuer
66
Encore
la musique
Ils
me font encore de la musique.
S’ils
doivent continuer
Je
me mettrai dans la terre.
Je
ne veux plus entendre.
Moi,
ce que j’aime, c’est rire
Ce
n’est pas avec cela
Qu’ils
parviendront à nous vaincre.
Ils
ont des manières que nous ne connaissons pas.
Si
je dois mourir c’est en plein ciel,
Comme
l’oiseau.
Pourtant
j’aime bien quand les Carmanios
Chantent.
Il
faudra bien que je vois ta gorge
Avec
des sons dedans
Quand
je reviendrai.
Le
Diable n’y pourra rien.
Soldat du Chien
Encore
tuer
C’est
le Capitaine
Qui
m’a expliqué pourquoi notre troupe
Discutait
avec les Marchands.
Il
disait : « Ils pratiquent l’Argent ».
Je
ne sais pas ce que c’était.
Il
a voulu expliquer.
Je
n’ai pas compris.
Alors
il a dit : « L’Ombre.
C’est
l’Ombre qui paie ».
Et
il a souri, fortement.
Je
n’ai pas compris.
Les
Chiens aboyaient.
Je
les ai calmés.
Les
Marchands sont partis.
Je
ne sais pas l’Argent.
Je
ne sais pas l’Ombre.
Mais
le capitaine a ricané
Et
dit : « J’ai gagné ».
Je
ne sais pas de quoi il parlait.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Ce
soir, je suis au Camp.
Je
repense à la Rousse, que j’ai tuée.
Je
ne sais pas.
Comment
vas-tu ?
Nous
avons marché tout le jour.
Je
pense à toi.
Le
Vieux Styr reste près de moi.
Il
a peur, comme tous.
Il
ne me voit pas.
C’est
peut-être le froid.
C’est
elle qui m’a pris le corps.
Le
Vieux Styr est resté, regardant.
Il
bavait.
Je
préfère s’il crache.
Je
me souviens de la Troupe de Meaux.
Il
y avait du sang partout.
Le
Goéland a cassé le ciel.
Du
rouge en plein blanc.
Il
paraît que la mer est proche.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Les
Carmanios sont heureux. Ils aiment le Diable.
Dis
que je retournerai au village.
Un
jour prochain.
Dis-le.
Je
ne veux pas qu’ils aient oublié.
Nous
n’avons rien demandé.
La
solde est tout juste versée.
Il
paraît qu’ils font ripailles,
Ceux
qui doivent payer.
Je
suis sorti de la prison avec tes baisers
Mon
enfant, ma désirée.
C’est
un cauchemar dû à la faim, achevé.
Soldat du Chien
Encore
tuer
La
mort du Père

J’ai
appris que le sang dans la tête du Père
S’est
arrêté.
Il
en est mort.
Il
était vieux. Cela a été vite.
C’est
bien.
La
Mère reste. Elle suivra.
Sans
lui, elle ne restera pas.
C’est
bien. Elle est vieille. Il faut que cela aille vite.
Maintenant,
tiens la maison.
Il
n’y a plus que toi.
Méfie-toi.
Surveille.
Je
finirai bien par revenir.
Soldat du Chien
Encore
tuer
La
Paix
Un
homme est venu aujourd’hui
Personne
ne nous avait rejoint depuis longtemps.
Certains
riaient, moi pas.
Il
avait l’uniforme
Il
se disait du Roi.
De
quel Roi parle-t-il ?
Ici,
il y a le Capitaine
Il
y a le Nègre, il y a Styr
Il
y a les Inconnus
Il
y a Le Bègue, Benoit
Il
y a Chrémon le Forgeron
Le
Grand-Jean
Il
y a le Goéland, le Vieux
Il
y a Le Nain, Le Noir,
Il
y a l’Arabe, Elle,
Il
y a Le Chiot, Les Mendiants
Il
y a La Rousse
Il
y a Le Grêlé, Les Vieilles
Il
y a l’Africain, Les Araignées
Il
y a l’Ombre
Il
y a Les Marchands
Il
y a les Carmanios
Il
y a les Chiens,
Et
il y a moi.
Je
n’ai pas vu de Roi.
De
qui parle-t-il ?
Son
air était solennel.
Nous
nous sommes tus.
Il
était venu dire quelque chose,
Il
fallait l’écouter.
« Maintenant,
a-t-il dit,
Il
faut faire la Paix ».
Tous
les Chiens ont grogné.
Le
Capitaine est devenu blanc.
Alors
il nous a parlé de la Paix.
Il
nous a dit l’ennemi veut
Maintenant,
que les massacres se terminent.
Maintenant
l’ennemi veut.
Je
me suis levé.
Et
j’ai dit : « Et nous ?
Sommes-nous
l’ennemi ? »
Il
faisait froid ce matin-là.
Il
faisait froid ce midi-là.
Il
faisait froid ce jour-là.
Nous
avions froid.
Nous
avions faim.
Nous
avions honte d’avoir tant tué
Et
celui-là était venu nous dire
C’est
le Roi, c’est l’ennemi, c’est la Paix.
Et
moi, qui ne pensais qu’à çà
Et
moi qui ne pensais qu’à toi
Et
moi qui eux tellement aimé un traité
Pour
en finir.
Je
me suis approché de lui
Et
je lui ai dit : « Écoutes
C’est
cela que tu appelles la Paix
Alors
donne le papier.
Je
vais mettre ma croix.
Et
j’aurai fini de tuer.
Je
suis un Soldat du Chien
Et
je veux ma solde
Et
je veux ma mie
Et
je veux cette musique
Qu’un
jour ils m’ont fait entendre
Nous
n’avions peut-être pas vaincu
Nous
avions bien mérité du massacre
Va
le dire au Roi
Et
que ce soit lui qui vienne
Ici
Me
le dire, à moi ».
Soldat du Chien
Encore
tuer
L’enterrement
Lorsque
nous l’avons vu occis
Nous
avons pensé : « Bon ».
Les
Carmanios ont voulu chanter.
Ils
se sont parlés.
Nous
avons pensé : « Bon ».
Le
Capitaine a dit : « Les Chiens ».
Aucun
ne s’est levé.
Ils
avaient le museau sur les pattes
Quelques
uns l’échine qui frémissait.
Pas
une tête. Pas un croc.
Mais
des yeux.
Nous
avons ouvert la terre
Nous
l’avons mis dedans
Nous
avons refermé la terre.
Nous
sommes allés à nos places.
Plus
tard, là où nous avions refermé la terre,
Elle
s’est rouverte.
Il
est sorti.
Il
n’était pas mort.
Ils
s’étaient précipités
Je
savais qu’ils avaient attendu et je ne pouvais
Rien.
Lorsqu’ils
ont refermé la terre sur moi
Je
savais que je l’ouvrirais à nouveau.
Je
n’ai rien dit, ils n’ont rien dit.
J’ai
fait tomber le plus de terre que je pouvais
Cela
faisait autour de moi des tâches brunes.
J’ai
pris ma place.
Ce
n’était pas encore cette fois.
Ils
n’ont rien dit.
Les
Chiens ont refait comme avant.
Le
Capitaine tremblait.
Je
n’ai rien dit.
Soldat du Chien
Encore
tuer
73
Le
diable
Il
est venu, disant
Je
suis la pluie
La
foudre
Le
froid
Le
malheur
Et
la misère.
Je
suis le diable.
Nous
l’avons tué.
Puis
l’Autre, avec une arme jamais vue,
S’avança
vers la Ville
Que
nul d’entre nous n’avait jamais vue
Et
la fit gronder.
Un
trou, dans le rempart, s’est fait
Et
de là sortirent les Enfants
Qu’il
nous fallait massacrer.
Il
n’en demeura pas un.
Je
ne sais pas de quelle poudre il se sert,
Mais
revois encore,
En
y pensant,
Les
Mères qui se taisaient
Et
que nous avons violées, après,
En
silence,
Devant
les hommes de la Ville,
Tous
égorgés.
Nous
avons encore tué
Et
je ne sais plus même si je t’ai aimée.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Nous
n’avons rien perdu
Alors,
alors, alors celui-là comme nous l’avions
Cherché !
C’était
un chef.
Il
en avait après nous.
Et
puis sa bande, et puis nous.
Nous
nous sommes affrontés.
Ils
ont perdu ; nous avons gagné.
Celui-là…
Alors
nous nous sommes mis autour de lui
Nous
avons repoussé les Chiens
J’en
voyais un que je connaissais
Qui
voulait prendre la place du Noir.
Il
voulait en manger.
Mais
c’est nous qui allions manger
maintenant.
Alors,
nous l’avons sorti de ses vêtements
Puis
nous l’avons mis sur du bois
Et
puis le bois, on y a mis le feu.
Cela
sentait la chair brûlée.
Puis,
avec tous les rites que les Carmanios
Nous
avaient appris
(Ils
avaient dit le mot rite,
je
ne sais pas ce que c’est)
avec
tous les rites, nous avons mis l’homme
C’était
le chef.
Il
paraît qu’il faut faire selon certaines manières.
Alors,
le Capitaine a ouvert le ventre
Puis
se sont les Inconnus qui ont pris les fesses
Moi
ils m’ont donné une épaule.
Et
puis les autres se sont servis.
Les
Chiens ne disaient rien
Ils
regardaient.
Ils
comprenaient. Maintenant c’était à nous.
Nous
l’avons mangé.
Il
paraît que certains disent un mot : « Dieu ».
Je
ne le sais pas.
J’en
ai parlé, ils ont tous ri.
J’ai
ri avec eux.
C’était
bon.
Maintenant,
ce chef, c’était nous.
C’était
bien.
Le
reste, nous l’avons donné aux Chiens,
Avec
les os.
Un
Carmanios a gardé un pied
Il
en suçait les os.
Il
avait l’air content
Je
ne sais pourquoi
Je
me suis couché. Et j’ai dormi.
Maintenant,
j’étais ce chef
Je
le sentais bien
Les
Chiens aussi.
Le
Capitaine avait peur.
Il
s’est couché face à nous.
Voilà.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Aveugle
Le
froid nous est venu avec le jour des morts.
Jusque
là, il faisait bon.
Nous
en étions étonnés.
Puis
tout à coup, le froid est venu.
J’ai
vu l’eau cette nuit.
Elle
est devenue blanche.
Et
puis, ce matin, ils m’ont dit :
« Le
soleil est immense mais il fait froid ».
Moi,
j’avais les yeux fixés sur des fleurs.
Ils
m’ont dit : « Ce sont des chrysanthèmes,
les
fleurs des morts ».
Moi,
je fixais mes yeux sur les fleurs
Parce
qu’elles étaient oranges, jaunes, vertes
Que
le soleil les touchait,
Et
que le froid me prenait,
par
les pieds et par les mains
Et
tout le long du dos
Comme
un sabre qui me frappait.
Ils
m’ont dit : « Qu’as-tu ? »
J’avais
les yeux grands ouverts,
Je
ne voyais que les fleurs
Je
les ai levés et j’ai compris.
Je
devenais aveugle.
Là-bas,
il n’y avait pas d’ennemi,
Aucun
que je vois.
Je
les ai reportés sur les plantes
Autour
des chrysanthèmes.
Je
ne voyais que les chrysanthèmes
Alors
j’ai ri et j’ai dit :
« Maintenant
je perds la vue ».
Ils
se sont reculés.
On
ne peut pas tuer quand on ne voit pas.
Le
Noir a mis un genou devant moi, il
a dit :
« Me
vois-tu ? »
J’ai
ri. Je le voyais.
Il
a ri. Il savait, moi aussi.
Je
devenais aveugle
Mais
je pouvais encore tuer.
Toute
la journée, j’ai observé le soleil.
Et
ce qu’il faisait.
J’étais
bien.
Il
me suffisait ce que je voyais.
J’en
voyais assez.
Je
pouvais tuer.
Je
suis un Soldat du Chien.
Soldat du Chien
Encore
tuer
La
colombe blanche
Je
me suis réveillé ce matin
Le
ciel a tourné
J’ai
ouvert les yeux
Et
puis, alors que le ciel n’était pas encore éclairé,
Une
colombe est passée.
Elle
n’était pas loin et pourtant,
Je
n’entendais pas ses ailes.
Elle
était blanche
Elle
allait lentement sans s’éloigner
Je
l’ai suivie des yeux
Et
à l’intérieur de moi, j’ai voulu la Paix.
J’étais
heureux, tout à coup détendu,
Et
j’ai refermé les yeux.
J’ai
attendu que le ciel blanchisse
Comme
la colombe qui s’en allait.
Je
me suis assis
J’ai
mis ma tête entre mes genoux
Et
j’ai pensé : Voilà maintenant ce sera fini.
Je
ne vais plus tuer.
Je
me suis mis debout sur mes jambes
J’ai
sorti mon couteau
Et
je suis parti avec les autres.
Pour
massacrer.
Soldat du Chien
Encore
tuer
La
deuxième musique
Nous
sommes entre nous
Tellement
serrés, que nous formons un bloc.
Il
paraît que cela a un nom,
Nous
ne le connaissons pas.
Les
Chiens étaient juste devant.
Deux
ou trois derrière. Peut-être s’ils étaient tués
Ceux
de devant, ceux de derrière
Seraient
passés devant.
Et
nous avons marché sans un mot
Et
puis nous avons entendu ce chant.
Pour
moi cela faisait la deuxième fois
Que
j’entendais de la musique.
Alors
je savais.
J’ai
reculé dedans et j’ai attendu.
Il
y a eu un bruit, puis le silence, avec ce bruit.
Alors
la musique et le chant ont repris
Cet
homme-là était seul
La
machine s’est avancée
Il
paraît que c’est comme ça
Que
l’on nomme ce bruit :
La
machine.
En
fin de compte, il est tombé une telle nuit
Alors
qu’il y avait le soleil
Que
personne d’entre nous ne se souvient
Un
enfant a crié
C’était
un cri de joie
Et
voilà. Nous l’avons échappé belle.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Canis
Il
disait : « Je suis Canis ».
Une
fois venu, les Chiens ont perdu tous sens.
Ils
ne pensaient plus qu’à tuer.
Cela
se voyait.
Une
fois, un passant
Qui
ne demandait rien,
Ils
l’ont déchiqueté.
Canis,
sans un mot, regardait.
Il
disait : « Je suis Canis ».
Voilà
le résultat.
Les
Chiens obéissaient à son sang.
J’ai
tué Canis.
Les
Chiens se sont calmés.
Il
disait se nommer Canis.
Il
ne reviendra plus.
Les
Chiens sont calmes.
Je
ne veux plus revoir cela.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Le
cimetière
Tu
vois, il faut que je te dise
C’est
quelque chose que je crois exceptionnel.
Voilà
comment se passèrent les choses
C’était
un petit village
Oh !
ça faisait tellement de villages
que
nous passions.
Mais
dans celui-là…
Lorsque
nous arrivâmes
Nous
fûmes surpris.
Le
cimetière était immense.
Il
y avait des tombes partout.
Et
pourtant, peut-être, cela tenait-il
au
mois de mai.
Pourtant,
il y avait des fleurs aussi
Il
y avait de la fraîcheur, de la paix
et
tellement de tombes.
Le
Capitaine a retenu les Chiens
Styr
ne bougeait plus.
Le
Nègre ne riait plus.
Je
ne pensais plus.
Les
Inconnus eux-mêmes
Qui
depuis si longtemps s’étaient joints à nous
Et
qui tuaient avec nous
Eux-mêmes
se taisaient. C’était beau. C’était
tranquille.
Nous ne connaissions pas ces choses-là.
C’était
un grand cimetière
Pour
un petit village.
Il
était si calme.
Les
Chiens ne grognaient pas.
Nous
avons décidé de passer.
Nous
n’avons vu personne.
Je
ne regrette pas.
Voilà.
C’est
cela que je voulais te dire
Cette
fois nous n’avons pas tué.
Nous
étions contents,
Et
nous étions contents.
Soldat du Chien
Encore tuer
80
La
forêt des araignées
Tous
les Soldats arrivèrent dans la forêt.
Elle
était tissée d’araignées.
Tous
les Soldats s’arrêtèrent.
Aucune
araignée ne bougeait.
Aucun
soldat ne bougeait.
Les
Chiens, il n’y avait plus de Chiens !
Nous
n’avions plus les Chiens.
J’ai
reculé un petit peu
Le
Capitaine a avancé
Une
araignée a bougé.
Je
pensais : nous n’avons plus les Chiens.
Il
y avait toutes les toiles partout.
Aucune
araignée ne bougeait.
Aucune
soldat ne bougeait.
Je
pensais : Nous n’avons plus les Chiens.
Je
reculais.
Une
araignée a bougé
Je
reculais.
Nous
n’avons aucune idée
de
ce que sont les araignées.
Le
Capitaine a avancé,
Styr
a dit : « Ne bouges pas ».
Jamais
le Capitaine n’avait reçu d’ordre.
Il
n’a pas bougé.
Deux
araignées ont bougé.
J’ai
reculé encore.
Nous
n’avions plus les Chiens.
Les
Carmanios se sont mis à chanter.
Aucun
d’entre nous ne connaissait ce chant.
Il
semblait n’avoir aucun rapport avec les
Carmanios.
A
ce moment-là, le vent s’est levé.
Et,
parce que j’attendais,
un
des Chiens s’est mis à grogner.
Nous
avions retrouvé les Chiens.
Nous
avons tous reculé.
Nous
ne sommes plus jamais retournés
dans
cette forêt.
Je
ne veux plus retourner dans cette forêt.
Le
Capitaine n’avait jamais reçu d’ordre.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Carnaval
Ils
se sont tous réunis.
Et
puis ils se sont mis des peintures
Et
des habits dessus que je ne connaissais pas.
Ils
ont dit le mot « carnaval ».
Carnaval,
Carnaval et ils criaient.
Ils
allaient partout dans tous les endroits.
J’ai
dû faire comme eux.
J’ai
mis quelque chose sur ma tête
qui
me faisait blond
J’ai
peint quelque chose sur mes jambes
Qui
me faisait comme un serpent
Qui
me montait vers la gorge.
Et
j’ai couru en criant Carnaval, Carnaval, Carnaval.
Il
y avait partout des gens
Et
puis il y avait partout des femmes
Et
puis nous avons bu et nous avons mangé.
Je
ne savais plus où j’avais mis mon couteau.
C’est
la première fois.
Ils
disaient Carnaval.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Les
échecs
En
riant
Longritove
a posé devant moi les échecs.
Il
prit les blancs
Et
moi les Noirs.
Le
Capitaine se rapproche.
Styr
tourne la tête.
Les
Carmanios ne sont pas là.
Deux
Inconnus se taisent.
Longritove
joue.
J’ai
perdu.
J’aime
les échecs.
Mais
ne sais pas y jouer.
Je
ne suis pas Maître.
Je
le deviendrai.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Les
Enfants
Nos
deux troupes se rencontrèrent.
Nous
nous arrêtâmes.
C’étaient
des Enfants.
Plus
nombreux que nous.
Beaucoup.
Les
Chiens se couchèrent
Et
se turent.
Nous
tenions nos armes au bout de la main
Tournées
vers le bas.
C’étaient
des Enfants.
Mais
un Carmanios a dit :
« Ils
tuent comme nous ».
Les
Chiens ont grogné.
Le
Capitaine hésitait.
Le
Carmanios a dit :
« Comme
nous ».
Nous
les avons massacrés.
Tous.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Tu
bois
Je
le savais.
C’étaient
mes compagnons d’armes.
Ils
me prévenaient.
Certains
se liment les dents
pour
en faire des croix.
D’autres,
comme les Carmanios, chantent.
Styr
s’amuse.
Le
Nègre se branle.
Le
Capitaine commande.
D’autres
font je ne sais quoi.
Comme
éventrer des enfants
Et
les mettre en broche.
D’autres
encore, dont je sais la volupté,
Empalent
les vieilles femmes.
D’autres
encore, plus jeunes
Enculent
les plus jeunes
Avec
un membre énorme
que
nous regardons tous
Et
qui excite les Chiens.
Les
Chiens, ce sont les Chiens
Moi,
je me suis mis à boire.
Cela
n’a pas d’importance.
Ils
le savent et ils me l’ont dit.
J’ai
des compagnons.
Je
ne t’ai plus.
Ce
n’est pas pour cela que je bois.
s
C’est
seulement l’eau qui me désaltère.
Maintenant
que je ne t’ai plus.
Les
Chiens eux m’aiment bien.
Ils
boivent de la même eau.
Le
Capitaine ne m’aime pas.
Il
ne boit pas.
Demain
il comprendra peut-être.
Et
je ne boirai plus.
Soldat du Chien
Encore
tuer
Triste
Hier,
je me suis écarté de la bande
Je
voulais être seul
Je
ne pensais pas à toi
Je
ne pensais pas
Je
ne regardais pas
Je
n’attendais pas mes compagnons
Je
n’avais pas froid
Je
tirais le couteau de ma ceinture
Je
le posais sur le sol
Je
le regardais couché
Je
me suis couché à côté de lui
Le
ciel m’est venu dessus
Je
n’avais pas froid
Je
sentais la terre sous mon dos
Je
sentais mes jambes roides
J’étais
seul. J’étais bien.
J’étais
triste.
Il
m’a fallu ouvrir les yeux, puis les fermer
Pour
me retrouver
Je
n’avais pas peur
Je
savais ce qu’il se passait
Maintenant
j’étais là
Maintenant
j’étais seul
Maintenant
j’étais triste
Je
me suis levé
J’ai
repris mon couteau
Je
l’ai remis
Je
me suis tourné
J’ai
marché vers mes compagnons
Pas
un ne me regardait
Ils
avaient peur de moi
Ils
savaient
J’étais
triste.
Soldat du Chien
Encore
tuer
86
Le
printemps arrive
Les
arbres, noirs sans feuilles,
Dormaient.
La
neige blanchissait par le soleil.
Alors
je me suis dénudé.
Les
Chiens m’ont fait place.
Au
milieu de là, j’ai mis mon corps au sol.
Le
chaud vint du ciel.
Les
Chiens riaient.
Moi
de même.
Il
faisait bon.
L’hiver
passera bientôt.
Le
printemps s’entend.
Tu
reviendras.
Tu
me reviendras.
Je
te retrouverai.
Au
printemps.
Si
je ne meurs pas.
Vis.
Si
ce n’est pas moi, vis l’autre. Je le veux.
Soldat du Chien
Encore
tuer
87
La
maison
Alors
puisque nous étions entrés dans ce village
Puisque
enfin nous avions trouvé des habitations
Puisque
depuis tant de jours
nous
n’avions vu personne
Puisque
nous n’avions pas de maison
Puisque
jamais peut-être je ne reverrai ma maison
J’ai
fracassé la porte.
C’était
une petite cabane
Il
y avait quatre murs et peut-être un toit.
Je
n’ai pas bien vu.
Je
suis entré et j’ai frappé
Le
plus fort, le plus vite et le plus longtemps
possible.
Il
n’y avait rien. J’ai tout cassé.
Je
suis sorti.
Dehors
les Chiens me regardaient.
Styr
baissait la tête.
Le
Nègre n’était pas là.
Les
Inconnus sont venus vers moi.
Aucun
Carmanios ne parlait.
Le
Capitaine me regardait droit dans les yeux.
Styr
s’est approché,
il
a mis une main sur une épaule
Et,
pour la première fois
Il
m’a parlé très bas. Il m’a dit :
« C’est
la haine. Calme-toi ».