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  Quatrième époque

 

La paix

 

 


Soldat du chien                                                       

  La Paix

   

Soldat du chien                                                       

  La Paix

 

 

 

 

88

La fête

 

 

 

Ils ont pris une grande planche.

Ils l’ont posée sur un tronc d’arbre coupé.

Il y avait encore les racines.

C’était un arbre mort.

Dessus, ils ont mis du pain

Et des bêtes cuites.

Certains avaient apporté des pâtes

qu’ils disaient fromages.

Puis tout le monde s’est mis autour.

Nous avons mangé. Il y avait aussi du vin

dans deux grands tonneaux.

Nous les avons percés et vus et nous avons mangé.

Quelqu’un a chanté. Je ne sais pas qui.

Il paraît que c’est un Carmanios.

Déjà, une fois, il avait fait cela, lors d’une bataille.

Puis, à un moment, j’ai été content. J’avais mangé.

Alors, je me suis un peu éloigné, je suis revenu.

Derrière moi il y avait les Chiens.

Eux aussi ont mangé.

Nous leur avons donné des restes.

Le Carmanios chantait, ma tête tournait.

J’étais content.

 


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La Paix

89

Infâme

 

 

 

Je me suis levé avec l’intention d’être infâme.

Je suis entré dans la bataille sans mes bottes.

Je voulais sentir la terre

J’ai taillé là-dedans

Dans un peuple de sang.  

J’étais fier.

J’accentuais les blessures.

Je cherchais les yeux.

J’ai coupé deux mains

Ce qui était inutile.

C’était bon.

Une fois, j’ai éventré

Ce qui était inutile.

C’était bon.

Car quoi, moi, je n’avais pas peur.

Mais lorsqu’au bout du champ

Je me suis retourné

Les bras chargés de meurtres

Je me suis arrêté, je me suis retourné  

J’ai crié Asile ! Asile !

C’est cela être infâme.

C’est bon.

 


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La Paix

 

 

  90

Le merle

 

 

 

Un merle nous suit.

Cela maintenant fait plusieurs semaines.

Il est jeune. Il est robuste. Il est attentif.

Et il me parle.

Il comprend ce que je lui dis.

Je ne comprends pas ce que je lui dis

Ni ce qu’il dit.

Nous avons pourtant de bonnes relations.

C’est le matin, il réveille.

C’est le soir, il couche.

Il vient aussi dans la journée.

Il ne nous quitte pas.

Mais il ne mange pas avec nous.

Il siffle avec moi.

Je l’aime bien.

 


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La Paix

 

 

  91

C’est fini

 

 

 

Le Capitaine nous a réunis.

C’était vers la fin de la journée.

Déjà, comme hier, nous n’avions rien fait.

Selon Styr, il n’y avait plus d’ennemis.

C’était le problème.

Les hommes parlaient beaucoup.

Le Capitaine n’aime pas ça.

Il nous a dit : « Maintenant, c’est fini ».

Quelques uns se sont regardés.

Qu’est-ce qui était fini ?

Moi, je savais bien quoi.

Maintenant, nous n’avions plus à tuer.

Aucune solde n’arrivait.

Il fallait finir les Soldats du Chien.

Alors j’ai dépassé le Capitaine

Je me suis accroupi au milieu des Chiens

Et tout à coup, j’ai grogné.

Le Premier a levé la tête.

Il y avait ses yeux jaunes là devant moi

Et j’ai dit : « Alors, cela a commencé ».  

Le Second, les autres, ils ont grogné.

Puis un a aboyé, puis un a hurlé.

Le Nègre tapait.

Le Capitaine a eu peur. Il a dit : « Demain ».

Je me suis relevé. Les Chiens se sont tus.

Peut-être demain.

 


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La Paix

 

 

 

 

 

  92

Quand le soir couché sur le dos, effondré et calme

Il vient dans les yeux les lumières d’en haut

Tout un peuple s’attache à moi et massacre l’intérieur

Avec de grands élans d’amour que je te porte

Avec de profondes déchirures dans la poitrine

Avec des blessures que je ne regrette pas,

Tant les étoiles passent lentement au ciel

Et que des savants avec des bonnets pointus

Des savants à barbe et robe analysent entre eux

Puis viennent apporter aux hommes et révéler les

planètes

Après s’être mis à plusieurs dans les livres

Pour trouver ce que les Anciens pensaient.

Oh, mon dieu, je trouve moi de la tristesse en haut

Des désolations d’ombres, des noirceurs épaisses

Tellement peu de lumière en haut du ciel

Que la tête me tourne.

Les Chiens dorment.

Le silence est partout

Et je suis sur le dos, les yeux au ciel

A penser à toi.

 


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  La Paix

 

 

  93

Ceux-là

 

 

 

Ils attaquent montés sur des chevaux.

Avant nous en avions.

Nous savons faire.

On se couche au sol et,

Lorsqu’ils passent,

Avec les couteaux, on coupe les jarrets.

La monture et le cavalier deviennent à nous.

Il paraît qu’ils se battent, parfois, entre eux

Deux à deux.

Il paraît qu’aussi ils parlent beaucoup aux femmes.

Pourquoi ?

Ils se lavent.

Avec de l’argent, ils achètent des choses.

Ils se disent des hommes gentils.

Ils ont plusieurs chefs, chez eux.

Ils se déterminent sur ce qu’on leur dit.

Ils mangent plusieurs fois par jour.

Nous, nous aimons le vent.

Ils se disent d’une armée.

Laquelle ?

Ils sont souvent beaux. Et forts.

On dit aussi qu’ils font la paix, souvent, entre eux.

Pourquoi ?

Je ne sais plus qui je suis.

Ils changent de bottes.

Je m’éloigne de tout.

Eux-mêmes ne m’intéressent plus.

 


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La Paix

94

Le regard

 

 

 

Elle entra lentement dans la pièce comme à son

habitude.

Elle lui dit : « Pour ce dîner, comment voudrais-tu que

je sois habillée ? »

Lui, écrivait. Il leva la tête, la regarda, la déshabilla

du regard, baissa les yeux sur ses papiers, releva la

tête : « Oh ! pour ce soir, je voudrais que tu sois très

stricte, peut-être en noir, je n’ose penser une voilette

et puis je voudrais, s’il te plaît – car j’en ai besoin

pour cette affaire qui est si compliquée -, il y aura le

Baron, il y aura le Banquier, il y aura l’homme

Politique, il y aura le soldat, il y aura… je ne peux

pas te dire son nom, je voudrais, si tu le veux bien,

que tu sois dans ce noir, et ce strict avec quelque

chose de toi qui leur fera perdre la tête. Oh ! je te

laisse le choix un mollet ou bien un bout de ton sexe

ou un sein, une épaule, je ne sais pas quelque chose.

Cherche. Trouve ».

Ils s’installèrent autour de la table. Il y avait

quelques hommes, quelques femmes.

Oh ! se dit-il, j’avais demandé un bout de sa chair. Et

il ne voyait rien dans cette robe sombre qui

maquillait son corps, dans le strict agencement de

tous ses apparats.

Ils mangèrent, ils parlèrent, ils burent puis arrivée

l’heure du cigare les uns et les autres se levèrent.

Tout ça allait dans le salon, et lui les yeux hagards

Cherchait son affaire, discutait avec acharnement. Il

ne voyait rien d’elle qui pu peut-être l’aider.

Et puis tous se turent brutalement. Effectivement,

rien n’avait réellement changé et pourtant elle se

tenait près de la cheminée dont quelques éclats de

bois enflammés venaient frôler ses pieds, sans danger,

elle se tenait simplement. Tous avaient bien mangé,

bien bu, et bien fumé. Et dans ce silence, tous virent

son regard. Il était nu. Lui eut peur. Voilà. Elle avait

choisi.

Je me réveillais brutalement. Parce qu’un chien avait

bougé. C’était donc l’un de mes rêves.

 

 


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La Paix

 

 

 95

Non

 

 

 

Je n’ai pas d’enfant.

Tu me dis : « Un est venu ».

Tue-le.

Nous ne pouvons pas en avoir.

Je n’ai pas d’enfant.

Pourquoi l’as-tu eu ?

Il n’est pas de moi.

Tue-le.

Nous ne pouvons pas en avoir.

Je ne suis pas certain de revenir.

Je n’ai pas d’enfant.

Pourquoi l’as-tu eu ?

Il n’est pas de moi.

Je ne suis pas certain de revenir.

Est-il sain ?

Tue-le.

Ô, ma mie, ton ventre.

Je n’ai pas d’enfant.

Je ne reviendrai peut-être pas.

 

 


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  La Paix

 

 

96

Ô ma mie

 

 

 

Je suis las, je suis las de te conter

Je suis las de regarder

Je suis las de tuer

Je suis las dans ce monde où ils m’ont amené disant :

« Tu auras une solde »

Je voulais bien une solde,

mais je ne voulais pas le massacre.

Il y a si longtemps que je n’ai pas pensé à toi

Il y a si longtemps que je n’ai pas pensé au pays

A la terre, au blé, à la maison

A ma mère, au père.

Il y a si longtemps que des cadavres

Il y a si longtemps que des Chiens

Il y a si longtemps que des cavaliers

Il y a si longtemps que des chemins

Ô ma mie

Il y a si longtemps que je n’ai pas eu tes bras

Ô ma mie

Il y a si longtemps que je voulais te faire un enfant.

Ô ma mie.

Il y a si longtemps.

 


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La Paix

 

 

97

Le Chiot

 

 

 

A l’origine, les Chiens dominaient le monde.

Ils se réunissaient, de loin en loin

Pour parler des problèmes.

La Vallée était immense.

Tous étaient là.

Fort civilisés, ils déposaient

Alors

A l’entrée de la Vallée

Leurs trous du cul.

Puis discutaient, palabraient,

Décidaient.

Un jour, un Chiot, lassé,

Sortit de la Vallée.

Il batifola.

Puis, lassé, il revint à l’entrée de la Vallée.

Les trous du Cul, rangés, attendaient.

Il les renifla et de reniflement en reniflement

Dispersa ces choses là.

Lassé, il s’arrêta et prit conscience

Du désordre qu’il avait commis.

En catimini, il retourna dans l’assemblée

Et s’y tut.

Les délibérations achevées.

Les Chiens sortirent, pour se disperser.

Ô !

Les trous du Cul s’entremêlaient.

On courut de droite à gauche.

En vain.

Enfin, lassés, les Chiens se résignèrent.

On choisit le trou du Cul à proximité.

« Celui-ci est le mien »,

entendait-on.

Et le Peuple des Chiens s’en fût.

Depuis lors, chaque Chien

Cherche son trou du Cul, à lui.

On le constate chaque jour.

Ainsi disparut la Civilisation des Chiens.

Ainsi les Chiens cherchent-ils

Toujours

A retrouver le Peuple des Chiens.

 

 


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La Paix

 

98

Déposer les armes

 

 

 

Et puis il fallut déposer les armes. Un matin.

J’ai remis mon couteau à ma ceinture

Après l’avoir bien essuyé.

J’ai vérifié qu’il n’y ait plus de sang à la garde.

Il faisait un peu froid.

Je me suis allongé.

Je sentais la terre sous mon dos.

Mes membres étaient roides.

Nous avions bien combattu.

Il n’y avait pas un bruit ;

Alors j’ai fermé les yeux

Et j’ai pensé à toi.

Je n’ai pas pu le dire.

Lorsque je me suis levé, les Chiens ont hurlé.

Le Noir en tête. Tous tournés vers moi.

Le Capitaine s’est dressé. Il m’a regardé.

Je n’ai pas parlé.

Il a compris.

J’étais un bon soldat. J’ai vu qu’il me regrettait déjà.

J’ai vu ma mort aussi dans ses yeux.

Il a fait un pas.

Les Chiens se sont tus.

Il a sorti son couteau.

Il commence toujours par le sexe,

Qu’il enlève aux déserteurs,

pour le donner aux Chiens.

Il force à regarder.

C’est laid.

Il ne me le fera pas. Je ne suis pas déserteur.

Je ne veux pas.

J’exige la Paix.

 

 


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  La Paix

 

 

  99

La blague de la Mort

 

 

 

Celui-là, il blaguait.

J’étais assis, tranquille, racontait-il.

Les jambes lâchées, les bras ballants.

Je me suis tourné, sentant une présence.

La Mort se tenait près de moi.

Elle eût un hoquet de surprise.

Je me suis vite levé et me voici courant

Par tous les champs et passant deux montagnes.

Je me suis assis, tranquille, raconta-t-il.

Les jambes lâchées, les bras ballants.

Je me suis tourné, sentant une présence.

La Mort se tenait près de moi.

Elle souriait.

Je lui ai dit : « Tout à l’heure, puisque tu fus surprise

Je t’ai fuit ».

Elle souriait et dit : « Oui

Je t’attendais ici

Et non là-bas.

Tu m’as surprise ».

Je lui ai dit : « N’aies pas peur de moi.

Viens ».

Celui-là blaguait.

Son histoire, on se l’est beaucoup racontée,

Pour blaguer.

 

 


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  La Paix

 

 

100

Le ciel est vide

 

 

 

Je n’ai plus de goéland

Je ne suis plus tombé depuis des jours, maintenant.

Le ciel reste bleu

Et je regarde, sans avoir peur.

L’Oiseau passe pourtant, des fois.

Les hommes ne disent rien.

Le Vieux les appelle pour rire.

Il leur crie « Aroyé ! Aroyé !

Je ne sais ce que cela veut dire.

J’ai pris un merle.

Je l’ai mangé.

Il avait un corps un peu gras.

Peut-être les baies.

Mais ces gens de Meaux ?

On ne sait.

Comment va le Pays ?

C’est que les alpages doivent être hauts

Le Père ?

Et toi ?

Tes seins sont gros, dans mon souvenir.

Et tu as la croupe d’un cheval

Pourquoi suis-je gai ?

Peut-être parce que nous ne tuons plus.

…Mais le Capitaine va organiser les duels.

Je ne les ferai pas.

 

 


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  La Paix

 

 

  101

J’ai rencontré la mort

 

 

 

Elle avait une apparence

Tout à fait quelconque.

Elle n’avait aucun habit

Dont je me souviens en tout cas.

Je me suis moi-même déshabillé,

J’ai enlevé tous mes vêtements.

Je suis entré dans la forêt.

J’étais bien, il faisait frais,

Et je n’avais pas froid.

J’étais seul, j’étais bien.

Quelques animaux sont venus me voir.

J’ai rencontré la mort

Elle était quelconque,

Elle n’était pas habillée.

Je me suis lavé le corps.

J’ai pris de l’eau dans mon visage

Avec mes mains.

J’étais seul, j’étais bien,

Il faisait frais, je n’avais pas froid.

Toutes mes affaires étaient sur le bord

Je suis sorti.

Il y avait encore de la vase sur mes chevilles.

J’ai pris mes armes

Je suis retourné dans l’eau

Je les ai lavées avec moi

J’étais tendre avec elles.

Je suis sorti à nouveau.

Je me suis allongé dans l’herbe.

J’ai rencontré la mort,

Elle était quelconque

Elle n’avait pas d’habit.

J’étais bien,

Il faisait frais, je n’avais pas froid.

Personne ne me parlait.

C’est alors que le soleil m’est venu dessus

Et que je pensais à toi.

Maintenant je voulais rentrer.

C’était fini la guerre.

C’était fini les Soldats du Chien.

Il fallait rentrer.

Comment va le pays ?

Comment va le père ?

Et la mère, dis ?

J’espère que vous n’avez pas eu froid cet hiver.

J’espère que tu ne m’as pas oublié.

Quant à moi, je voudrais rentrer.

J’ai rencontré la mort,

Elle était quelconque

Elle n’était pas habillée.

Je me suis relevé à nouveau,

Je me suis habillé

J’ai remis mes armes

J’ai quitté ce coin.

Peut-être demain….

Le Capitaine ne voudra pas.

Je serais obligé de le tuer.

J’ai rencontrer la mort

Elle était quelconque

Elle n’était pas habillée.

Je ne l’ai pas oubliée

Je ne t’ai pas oubliée

Je ne suis pas mort

Je suis encore Soldat

Mais ce sera bientôt fini.

Et je reviendrai.

Très tôt, le matin.

 


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La Paix

 

 

 

 

  102

Ce matin, j’ai ouvert les yeux.

Je ne tuerai plus.

Je le sais.

Je ne veux plus. Le sang me ronge.

Parfois, la nuit, sans un rêve, je vois tous mes morts.

Certains sont d’une grande laideur.

Je les ai mutilés.

Il ne faut plus abattre l’homme. Ils sont trop.

Combien, à nous, en avons-nous fait partir ?

Je ne compte pas, parce que je ne sais pas les chiffres.

L’Arabe qui aime tant égorger et boire, a trouvé.

Il dit cinq milliers.

Nous sommes les Soldats de cinq mil morts.

Je ne tuerai plus.

Je vais le dire au Capitaine.

Et il me tuera.

 

 


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La Paix

 

 

  103

Les Animaux

 

 

 

Si l’on est bien tranquille

Ce qui arrive parfois malgré les bruits

Et puis lorsque nous ne nous battons pas,

Les Animaux viennent.

En tout cas, ils me viennent.

Il y a d’abord les oiseaux.

Ce sont eux.

Ils viennent parler. Ils parlent entre eux.

Ils se bataillent, ils se racontent,

ils se disent là où il faut aller

Là où il ne faut pas aller.

Ils disent là où il faut manger

Ils disent ce qu’ils ont entendu

Ils disent ce qu’ils ont vu.

Il y a les oiseaux d’abord, ce sont eux.

Je ne parle pas des Chiens

Eux ils sont comme moi

Ils attendent.

Ils regardent et ils écoutent.

Il y a les insectes

Ce sont les Inconnus qui m’ont dit le nom.

Ils nomment insecte ce qui est fourmi, scarabée,

Mouche, moustique

Des choses comme cela.

Ils travaillent beaucoup.

Je ne les aime pas.

Ils travaillent trop.

Des fois je pense qu’ils ont tort

Et puis il y a les gros, les sangliers

Parfois des bisons

Les Inconnus m’ont dit : « Non, ce sont des

mouflons ».

Ils ont des cornes. Elles sont grosses.

J’ai envie de les toucher

Ce sont comme des hommes.

Et puis, si l’on reste bien étendu

Et que l’on ne fait pas de bruit

Si on ouvre la main et qu’il n’y a pas d’arme dedans

Parfois il y a des papillons.

Les Inconnus m’ont dit : « Ils viennent le matin

ils meurent le soir c’est comme les libellules ».

Ils disent des mots les Inconnus

Je ne sais pas tous ces mots

Eux les savent

Moi je regarde, et je reste là.

Je sais un mot qui dit tout cela

Tout cela qui vient près de moi

Ce mot c’est : Les Animaux.

Et puis

Un ou deux serpents

Ils sont doux, ils sont froids

Ils sont lents, ils ont des yeux

Ils ont une bouche avec des dents dedans.

Il y a une langue comme une fourche

Que j’ai déjà utilisée pour tuer.

Et ils me regardent et ils ne disent rien

Ils m’aiment bien, eux, les serpents

Je les aime aussi.

Un jour j’avais vu une tortue

Elle était lente

Elle m’est restée longtemps fidèle

Elle était près de moi

Elle sortait sa tête parfois.

Les oiseaux le soir viennent dans les arbres.

C’est là qu’ils dorment.

Les Carmanios m’ont dit :

« Tu n’as jamais vu d’éléphants, de lions et de girafes ».

Ils me disent des noms

Moi je ne sais pas.

Un écureuil. Un lapin.

Ce soir mon dos dans la terre

Et mon visage dans le ciel

J’ai vu passer des nuages

J’aime bien les Animaux

Ils sont la paix

Je pense à nos vaches

A notre cheval

Au champ qu’il faut labourer.

Je ne veux plus tuer pour la paix.

 


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La Paix

 

 

  104

Le Capitaine

 

 

 

J’ai fait trois pas et les Chiens se sont écartés.

Le Capitaine a marché.

Les Chiens ont grogné.

Le Capitaine s’est arrêté.

Son visage est parti dans la Mort.

Les Chiens aboyaient.

Contre lui.

Ils me protègent.

Le Capitaine était blanc.

Je lui ai dit : « Je veux la Paix.

Les Chiens aussi. Que faisons-nous ? ».

Tous les hommes se sont dressés.

L’Africain riait. Le Vieux Styr a craché.

L’Africain s’est écarté.

J’ai pris la tête du Noir sous ma main.

Le Capitaine a suffoqué.

Le Noir mord, quand on le touche.

Pas moi.

La Meute veut la Paix. Je suis un homme.

Je ne suis plus Soldat. Je ne veux plus tuer.

Je veux retourner au pays.

Le Capitaine n’a pas voulu.

J’ai parlé.

Tous écoutaient.

Lui ne l’a pas fait.

Il voulait me tuer.  

Moi, je ne veux pas mourir.

J’ai redit que faisons-nous.

Les hommes se sont mis à crier.

Le Capitaine se taisait.

J’ai dit : « Alors, il faut tuer ? »

Le Capitaine a ricané.

Moi, je veux la Paix.

Mais je vais le tuer.

Alors j’ai levé la main de dessus la tête du Noir.  

Le Noir a regardé le Capitaine et s’est avancé.

Le Capitaine est devenu une statue,

comme à l’église du bourg.

Il ne croyait pas cela possible.

Moi, si.

La preuve.

Le Noir l’a massacré.

La Meute n’a pas bougé.

Les hommes non plus.

Sauf Le Grêlé qui a joui.

Nous n’avons plus de Chef.

 


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La Paix

105

Les chevaux ont disparu.

Les fleuves durs continuent.

Une vieille femme sourit et caresse ma main.

Ils ont donc des enfants ?

Une vieille femme me parle comme pour les idiots.

La forêt a un nom et c’est « Patéculas »

Vient me prendre.

Je te le dis à toi :

Il ne faut plus abattre les hommes.

J’exige la Paix.

Le Vieux Styr a craché.

« Je veux retourner au pays ».

Lui ai-je dit.

Le Noir a mangé le Capitaine.

« Que faisons-nous ? »

Lui ai-je dit.

Nous n’avons jamais eu de chef.

Comment vas-tu ?

Le Père ?

Embrasse ta Mère.

 


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