Soldat du chien
La Paix
Soldat du chien
La Paix
88
La
fête
Ils
ont pris une grande planche.
Ils
l’ont posée sur un tronc d’arbre coupé.
Il
y avait encore les racines.
C’était
un arbre mort.
Dessus,
ils ont mis du pain
Et
des bêtes cuites.
Certains
avaient apporté des pâtes
qu’ils
disaient fromages.
Puis
tout le monde s’est mis autour.
Nous
avons mangé. Il y avait aussi du vin
dans
deux grands tonneaux.
Nous
les avons percés et vus et nous avons mangé.
Quelqu’un
a chanté. Je ne sais pas qui.
Il
paraît que c’est un Carmanios.
Déjà,
une fois, il avait fait cela, lors d’une bataille.
Puis,
à un moment, j’ai été content. J’avais mangé.
Alors,
je me suis un peu éloigné, je suis revenu.
Derrière
moi il y avait les Chiens.
Eux
aussi ont mangé.
Nous
leur avons donné des restes.
Le
Carmanios chantait, ma tête tournait.
J’étais
content.
Soldat du Chien
La
Paix
89
Infâme
Je
me suis levé avec l’intention d’être infâme.
Je
suis entré dans la bataille sans mes bottes.
Je
voulais sentir la terre
J’ai
taillé là-dedans
Dans
un peuple de sang.
J’étais
fier.
J’accentuais
les blessures.
Je
cherchais les yeux.
J’ai
coupé deux mains
Ce
qui était inutile.
C’était
bon.
Une
fois, j’ai éventré
Ce
qui était inutile.
C’était
bon.
Car
quoi, moi, je n’avais pas peur.
Mais
lorsqu’au bout du champ
Je
me suis retourné
Les
bras chargés de meurtres
Je
me suis arrêté, je me suis retourné
J’ai
crié Asile ! Asile !
C’est
cela être infâme.
C’est
bon.
Soldat du Chien
La
Paix
Le
merle
Un
merle nous suit.
Cela
maintenant fait plusieurs semaines.
Il
est jeune. Il est robuste. Il est attentif.
Et
il me parle.
Il
comprend ce que je lui dis.
Je
ne comprends pas ce que je lui dis
Ni
ce qu’il dit.
Nous
avons pourtant de bonnes relations.
C’est
le matin, il réveille.
C’est
le soir, il couche.
Il
vient aussi dans la journée.
Il
ne nous quitte pas.
Mais
il ne mange pas avec nous.
Il
siffle avec moi.
Je
l’aime bien.
Soldat du Chien
La
Paix
C’est
fini
Le
Capitaine nous a réunis.
C’était
vers la fin de la journée.
Déjà,
comme hier, nous n’avions rien fait.
Selon
Styr, il n’y avait plus d’ennemis.
C’était
le problème.
Les
hommes parlaient beaucoup.
Le
Capitaine n’aime pas ça.
Il
nous a dit : « Maintenant, c’est fini ».
Quelques
uns se sont regardés.
Qu’est-ce
qui était fini ?
Moi,
je savais bien quoi.
Maintenant,
nous n’avions plus à tuer.
Aucune
solde n’arrivait.
Il
fallait finir les Soldats du Chien.
Alors
j’ai dépassé le Capitaine
Je
me suis accroupi au milieu des Chiens
Et
tout à coup, j’ai grogné.
Le
Premier a levé la tête.
Il
y avait ses yeux jaunes là devant moi
Et
j’ai dit : « Alors, cela a commencé ».
Le
Second, les autres, ils ont grogné.
Puis
un a aboyé, puis un a hurlé.
Le
Nègre tapait.
Le
Capitaine a eu peur. Il a dit : « Demain ».
Je
me suis relevé. Les Chiens se sont tus.
Peut-être
demain.
Soldat du Chien
La
Paix
Quand
le soir couché sur le dos, effondré et calme
Il
vient dans les yeux les lumières d’en haut
Tout
un peuple s’attache à moi et massacre l’intérieur
Avec
de grands élans d’amour que je te porte
Avec
de profondes déchirures dans la poitrine
Avec
des blessures que je ne regrette pas,
Tant
les étoiles passent lentement au ciel
Et
que des savants avec des bonnets pointus
Des
savants à barbe et robe analysent entre eux
Puis
viennent apporter aux hommes et révéler les
planètes
Après
s’être mis à plusieurs dans les livres
Pour
trouver ce que les Anciens pensaient.
Oh,
mon dieu, je trouve moi de la tristesse en haut
Des
désolations d’ombres, des noirceurs épaisses
Tellement
peu de lumière en haut du ciel
Que
la tête me tourne.
Les
Chiens dorment.
Le
silence est partout
Et
je suis sur le dos, les yeux au ciel
A
penser à toi.
Soldat du Chien
La
Paix
Ceux-là
Ils
attaquent montés sur des chevaux.
Avant
nous en avions.
Nous
savons faire.
On
se couche au sol et,
Lorsqu’ils
passent,
Avec
les couteaux, on coupe les jarrets.
La monture et le cavalier deviennent à nous.
Il
paraît qu’ils se battent, parfois, entre eux
Deux
à deux.
Il
paraît qu’aussi ils parlent beaucoup aux femmes.
Pourquoi ?
Ils
se lavent.
Avec
de l’argent, ils achètent des choses.
Ils
se disent des hommes gentils.
Ils
ont plusieurs chefs, chez eux.
Ils
se déterminent sur ce qu’on leur dit.
Ils
mangent plusieurs fois par jour.
Nous,
nous aimons le vent.
Ils
se disent d’une armée.
Laquelle ?
Ils
sont souvent beaux. Et forts.
On
dit aussi qu’ils font la paix, souvent, entre eux.
Pourquoi ?
Je
ne sais plus qui je suis.
Ils
changent de bottes.
Je
m’éloigne de tout.
Eux-mêmes
ne m’intéressent plus.
Soldat du Chien
La
Paix
94
Le
regard
Elle
entra lentement dans la pièce comme à son
habitude.
Elle
lui dit : « Pour ce dîner, comment voudrais-tu que
je
sois habillée ? »
Lui,
écrivait. Il leva la tête, la regarda, la déshabilla
du
regard, baissa les yeux sur ses papiers, releva la
tête :
« Oh ! pour ce soir, je voudrais que tu sois très
stricte,
peut-être en noir, je n’ose penser une voilette
et
puis je voudrais, s’il te plaît – car j’en ai besoin
pour
cette affaire qui est si compliquée -, il y aura le
Baron,
il y aura le Banquier, il y aura l’homme
Politique,
il y aura le soldat, il y aura… je ne peux
pas
te dire son nom, je voudrais, si tu le veux bien,
que
tu sois dans ce noir, et ce strict avec quelque
chose
de toi qui leur fera perdre la tête. Oh ! je te
laisse
le choix un mollet ou bien un bout de ton sexe
ou
un sein, une épaule, je ne sais pas quelque chose.
Cherche.
Trouve ».
Ils
s’installèrent autour de la table. Il y avait
quelques
hommes, quelques femmes.
Oh !
se dit-il, j’avais demandé un bout de sa chair. Et
il
ne voyait rien dans cette robe sombre qui
maquillait
son corps, dans le strict agencement de
tous
ses apparats.
Ils
mangèrent, ils parlèrent, ils burent puis arrivée
l’heure
du cigare les uns et les autres se levèrent.
Tout
ça allait dans le salon, et lui les yeux hagards
Cherchait
son affaire, discutait avec acharnement. Il
ne
voyait rien d’elle qui pu peut-être l’aider.
Et
puis tous se turent brutalement. Effectivement,
rien
n’avait réellement changé et pourtant elle se
tenait
près de la cheminée dont quelques éclats de
bois
enflammés venaient frôler ses pieds, sans danger,
elle
se tenait simplement. Tous avaient bien mangé,
bien
bu, et bien fumé. Et dans ce silence, tous virent
son
regard. Il était nu. Lui eut peur. Voilà. Elle avait
choisi.
Je
me réveillais brutalement. Parce qu’un chien avait
bougé.
C’était donc l’un de mes rêves.
Soldat du Chien
La
Paix
95
Non
Je
n’ai pas d’enfant.
Tu
me dis : « Un est venu ».
Tue-le.
Nous
ne pouvons pas en avoir.
Je
n’ai pas d’enfant.
Pourquoi
l’as-tu eu ?
Il
n’est pas de moi.
Tue-le.
Nous
ne pouvons pas en avoir.
Je
ne suis pas certain de revenir.
Je
n’ai pas d’enfant.
Pourquoi
l’as-tu eu ?
Il
n’est pas de moi.
Je
ne suis pas certain de revenir.
Est-il
sain ?
Tue-le.
Ô,
ma mie, ton ventre.
Je
n’ai pas d’enfant.
Je
ne reviendrai peut-être pas.
Soldat du Chien
La
Paix
96
Ô
ma mie
Je
suis las, je suis las de te conter
Je
suis las de regarder
Je
suis las de tuer
Je
suis las dans ce monde où ils m’ont amené disant :
« Tu
auras une solde »
Je
voulais bien une solde,
mais
je ne voulais pas le massacre.
Il
y a si longtemps que je n’ai pas pensé à toi
Il
y a si longtemps que je n’ai pas pensé au pays
A
la terre, au blé, à la maison
A
ma mère, au père.
Il
y a si longtemps que des cadavres
Il
y a si longtemps que des Chiens
Il
y a si longtemps que des cavaliers
Il
y a si longtemps que des chemins
Ô
ma mie
Il
y a si longtemps que je n’ai pas eu tes bras
Ô
ma mie
Il
y a si longtemps que je voulais te faire un enfant.
Ô
ma mie.
Il
y a si longtemps.
Soldat du Chien
La
Paix
97
Le
Chiot
A
l’origine, les Chiens dominaient le monde.
Ils
se réunissaient, de loin en loin
Pour
parler des problèmes.
La
Vallée était immense.
Tous
étaient là.
Fort
civilisés, ils déposaient
Alors
A
l’entrée de la Vallée
Leurs
trous du cul.
Puis
discutaient, palabraient,
Décidaient.
Un
jour, un Chiot, lassé,
Sortit
de la Vallée.
Il
batifola.
Puis,
lassé, il revint à l’entrée de la Vallée.
Les
trous du Cul, rangés, attendaient.
Il
les renifla et de reniflement en reniflement
Dispersa
ces choses là.
Lassé,
il s’arrêta et prit conscience
Du
désordre qu’il avait commis.
En
catimini, il retourna dans l’assemblée
Et
s’y tut.
Les
délibérations achevées.
Les
Chiens sortirent, pour se disperser.
Ô !
Les
trous du Cul s’entremêlaient.
On
courut de droite à gauche.
En
vain.
Enfin,
lassés, les Chiens se résignèrent.
On
choisit le trou du Cul à proximité.
« Celui-ci
est le mien »,
entendait-on.
Et
le Peuple des Chiens s’en fût.
Depuis
lors, chaque Chien
Cherche
son trou du Cul, à lui.
On
le constate chaque jour.
Ainsi
disparut la Civilisation des Chiens.
Ainsi
les Chiens cherchent-ils
Toujours
A
retrouver le Peuple des Chiens.
Soldat du Chien
La
Paix
98
Déposer
les armes
Et
puis il fallut déposer les armes. Un matin.
J’ai
remis mon couteau à ma ceinture
Après
l’avoir bien essuyé.
J’ai
vérifié qu’il n’y ait plus de sang à la garde.
Il
faisait un peu froid.
Je
me suis allongé.
Je
sentais la terre sous mon dos.
Mes
membres étaient roides.
Nous
avions bien combattu.
Il
n’y avait pas un bruit ;
Alors
j’ai fermé les yeux
Et
j’ai pensé à toi.
Je
n’ai pas pu le dire.
Lorsque
je me suis levé, les Chiens ont hurlé.
Le
Noir en tête. Tous tournés vers moi.
Le
Capitaine s’est dressé. Il m’a regardé.
Je
n’ai pas parlé.
Il
a compris.
J’étais
un bon soldat. J’ai vu qu’il me regrettait déjà.
J’ai
vu ma mort aussi dans ses yeux.
Il
a fait un pas.
Les
Chiens se sont tus.
Il
a sorti son couteau.
Il
commence toujours par le sexe,
Qu’il
enlève aux déserteurs,
pour
le donner aux Chiens.
Il
force à regarder.
C’est
laid.
Il
ne me le fera pas. Je ne suis pas déserteur.
Je
ne veux pas.
J’exige
la Paix.
Soldat du Chien
La
Paix
La
blague de la Mort
Celui-là,
il blaguait.
J’étais
assis, tranquille, racontait-il.
Les
jambes lâchées, les bras ballants.
Je
me suis tourné, sentant une présence.
La
Mort se tenait près de moi.
Elle
eût un hoquet de surprise.
Je
me suis vite levé et me voici courant
Par
tous les champs et passant deux montagnes.
Je
me suis assis, tranquille, raconta-t-il.
Les
jambes lâchées, les bras ballants.
Je
me suis tourné, sentant une présence.
La
Mort se tenait près de moi.
Elle
souriait.
Je
lui ai dit : « Tout à l’heure, puisque tu fus surprise
Je
t’ai fuit ».
Elle
souriait et dit : « Oui
Je
t’attendais ici
Et
non là-bas.
Tu
m’as surprise ».
Je
lui ai dit : « N’aies pas peur de moi.
Viens ».
Celui-là
blaguait.
Son
histoire, on se l’est beaucoup racontée,
Pour
blaguer.
Soldat du Chien
La
Paix
100
Le
ciel est vide
Je
n’ai plus de goéland
Je
ne suis plus tombé depuis des jours, maintenant.
Le
ciel reste bleu
Et
je regarde, sans avoir peur.
L’Oiseau
passe pourtant, des fois.
Les
hommes ne disent rien.
Le
Vieux les appelle pour rire.
Il
leur crie « Aroyé ! Aroyé !
Je
ne sais ce que cela veut dire.
J’ai
pris un merle.
Je
l’ai mangé.
Il
avait un corps un peu gras.
Peut-être
les baies.
Mais
ces gens de Meaux ?
On
ne sait.
Comment
va le Pays ?
C’est
que les alpages doivent être hauts
Le
Père ?
Et
toi ?
Tes
seins sont gros, dans mon souvenir.
Et
tu as la croupe d’un cheval
Pourquoi
suis-je gai ?
Peut-être
parce que nous ne tuons plus.
…Mais
le Capitaine va organiser les duels.
Je
ne les ferai pas.
Soldat du Chien
La
Paix
J’ai
rencontré la mort
Elle
avait une apparence
Tout
à fait quelconque.
Elle
n’avait aucun habit
Dont
je me souviens en tout cas.
Je
me suis moi-même déshabillé,
J’ai
enlevé tous mes vêtements.
Je
suis entré dans la forêt.
J’étais
bien, il faisait frais,
Et
je n’avais pas froid.
J’étais
seul, j’étais bien.
Quelques
animaux sont venus me voir.
J’ai
rencontré la mort
Elle
était quelconque,
Elle
n’était pas habillée.
Je
me suis lavé le corps.
J’ai
pris de l’eau dans mon visage
Avec
mes mains.
J’étais
seul, j’étais bien,
Il
faisait frais, je n’avais pas froid.
Toutes
mes affaires étaient sur le bord
Je
suis sorti.
Il
y avait encore de la vase sur mes chevilles.
J’ai
pris mes armes
Je
suis retourné dans l’eau
Je
les ai lavées avec moi
J’étais
tendre avec elles.
Je
suis sorti à nouveau.
Je
me suis allongé dans l’herbe.
J’ai
rencontré la mort,
Elle
était quelconque
Elle
n’avait pas d’habit.
J’étais
bien,
Il
faisait frais, je n’avais pas froid.
Personne
ne me parlait.
C’est
alors que le soleil m’est venu dessus
Et
que je pensais à toi.
Maintenant
je voulais rentrer.
C’était
fini la guerre.
C’était
fini les Soldats du Chien.
Il
fallait rentrer.
Comment
va le pays ?
Comment
va le père ?
Et
la mère, dis ?
J’espère
que vous n’avez pas eu froid cet hiver.
J’espère
que tu ne m’as pas oublié.
Quant
à moi, je voudrais rentrer.
J’ai
rencontré la mort,
Elle
était quelconque
Elle
n’était pas habillée.
Je
me suis relevé à nouveau,
Je
me suis habillé
J’ai
remis mes armes
J’ai
quitté ce coin.
Peut-être
demain….
Le
Capitaine ne voudra pas.
Je
serais obligé de le tuer.
J’ai
rencontrer la mort
Elle
était quelconque
Elle
n’était pas habillée.
Je
ne l’ai pas oubliée
Je
ne t’ai pas oubliée
Je
ne suis pas mort
Je
suis encore Soldat
Mais
ce sera bientôt fini.
Et
je reviendrai.
Très
tôt, le matin.
Soldat du Chien
La
Paix
Ce
matin, j’ai ouvert les yeux.
Je
ne tuerai plus.
Je
le sais.
Je
ne veux plus. Le sang me ronge.
Parfois,
la nuit, sans un rêve, je vois tous mes morts.
Certains
sont d’une grande laideur.
Je
les ai mutilés.
Il
ne faut plus abattre l’homme. Ils sont trop.
Combien,
à nous, en avons-nous fait partir ?
Je
ne compte pas, parce que je ne sais pas les chiffres.
L’Arabe
qui aime tant égorger et boire, a trouvé.
Il
dit cinq milliers.
Nous
sommes les Soldats de cinq mil morts.
Je
ne tuerai plus.
Je
vais le dire au Capitaine.
Et
il me tuera.
Soldat du Chien
La
Paix
Les
Animaux
Si
l’on est bien tranquille
Ce
qui arrive parfois malgré les bruits
Et
puis lorsque nous ne nous battons pas,
Les
Animaux viennent.
En
tout cas, ils me viennent.
Il
y a d’abord les oiseaux.
Ce
sont eux.
Ils
viennent parler. Ils parlent entre eux.
Ils
se bataillent, ils se racontent,
ils
se disent là où il faut aller
Là
où il ne faut pas aller.
Ils
disent là où il faut manger
Ils
disent ce qu’ils ont entendu
Ils
disent ce qu’ils ont vu.
Il
y a les oiseaux d’abord, ce sont eux.
Je
ne parle pas des Chiens
Eux
ils sont comme moi
Ils
attendent.
Ils
regardent et ils écoutent.
Il
y a les insectes
Ce
sont les Inconnus qui m’ont dit le nom.
Ils
nomment insecte ce qui est fourmi, scarabée,
Mouche,
moustique
Des
choses comme cela.
Ils
travaillent beaucoup.
Je
ne les aime pas.
Ils
travaillent trop.
Des
fois je pense qu’ils ont tort
Et
puis il y a les gros, les sangliers
Parfois
des bisons
Les
Inconnus m’ont dit : « Non, ce sont des
mouflons ».
Ils
ont des cornes. Elles sont grosses.
J’ai
envie de les toucher
Ce
sont comme des hommes.
Et
puis, si l’on reste bien étendu
Et
que l’on ne fait pas de bruit
Si
on ouvre la main et qu’il n’y a pas d’arme dedans
Parfois
il y a des papillons.
Les
Inconnus m’ont dit : « Ils viennent le matin
ils
meurent le soir c’est comme les libellules ».
Ils
disent des mots les Inconnus
Je
ne sais pas tous ces mots
Eux
les savent
Moi
je regarde, et je reste là.
Je
sais un mot qui dit tout cela
Tout
cela qui vient près de moi
Ce
mot c’est : Les Animaux.
Et
puis
Un
ou deux serpents
Ils
sont doux, ils sont froids
Ils
sont lents, ils ont des yeux
Ils
ont une bouche avec des dents dedans.
Il
y a une langue comme une fourche
Que
j’ai déjà utilisée pour tuer.
Et
ils me regardent et ils ne disent rien
Ils
m’aiment bien, eux, les serpents
Je
les aime aussi.
Un
jour j’avais vu une tortue
Elle
était lente
Elle
m’est restée longtemps fidèle
Elle
était près de moi
Elle
sortait sa tête parfois.
Les
oiseaux le soir viennent dans les arbres.
C’est
là qu’ils dorment.
Les
Carmanios m’ont dit :
« Tu
n’as jamais vu d’éléphants, de lions et de girafes ».
Ils
me disent des noms
Moi
je ne sais pas.
Un
écureuil. Un lapin.
Ce
soir mon dos dans la terre
Et
mon visage dans le ciel
J’ai
vu passer des nuages
J’aime
bien les Animaux
Ils
sont la paix
Je
pense à nos vaches
A
notre cheval
Au
champ qu’il faut labourer.
Je
ne veux plus tuer pour la paix.
Soldat du Chien
La
Paix
Le
Capitaine

J’ai
fait trois pas et les Chiens se sont écartés.
Le
Capitaine a marché.
Les
Chiens ont grogné.
Le
Capitaine s’est arrêté.
Son
visage est parti dans la Mort.
Les
Chiens aboyaient.
Contre
lui.
Ils
me protègent.
Le
Capitaine était blanc.
Je
lui ai dit : « Je veux la Paix.
Les
Chiens aussi. Que faisons-nous ? ».
Tous
les hommes se sont dressés.
L’Africain
riait. Le Vieux Styr a craché.
L’Africain
s’est écarté.
J’ai
pris la tête du Noir sous ma main.
Le
Capitaine a suffoqué.
Le
Noir mord, quand on le touche.
Pas
moi.
La
Meute veut la Paix. Je suis un homme.
Je
ne suis plus Soldat. Je ne veux plus tuer.
Je
veux retourner au pays.
Le
Capitaine n’a pas voulu.
J’ai
parlé.
Tous
écoutaient.
Lui
ne l’a pas fait.
Il
voulait me tuer.
Moi,
je ne veux pas mourir.
J’ai
redit que faisons-nous.
Les
hommes se sont mis à crier.
Le
Capitaine se taisait.
J’ai
dit : « Alors, il faut tuer ? »
Le
Capitaine a ricané.
Moi,
je veux la Paix.
Mais
je vais le tuer.
Alors
j’ai levé la main de dessus la tête du Noir.

Le
Noir a regardé le Capitaine et s’est avancé.
Le
Capitaine est devenu une statue,
comme
à l’église du bourg.
Il
ne croyait pas cela possible.
Moi,
si.
La
preuve.
Le
Noir l’a massacré.
La
Meute n’a pas bougé.
Les
hommes non plus.
Sauf
Le Grêlé qui a joui.
Nous
n’avons plus de Chef.
Soldat du Chien
La
Paix
105
Les
chevaux ont disparu.
Les
fleuves durs continuent.
Une
vieille femme sourit et caresse ma main.
Ils
ont donc des enfants ?
Une
vieille femme me parle comme pour les idiots.
La
forêt a un nom et c’est « Patéculas »
Vient
me prendre.
Je
te le dis à toi :
Il
ne faut plus abattre les hommes.
J’exige
la Paix.
Le
Vieux Styr a craché.
« Je
veux retourner au pays ».
Lui
ai-je dit.
Le
Noir a mangé le Capitaine.
« Que
faisons-nous ? »
Lui
ai-je dit.
Nous
n’avons jamais eu de chef.
Comment
vas-tu ?
Le
Père ?
Embrasse
ta Mère.